vendredi 5 mai 2017

Protéger ou nourrir le principe vital ?

Des écris du fondateurs du Yiquan / Dachengquan, seuls quelques textes parus de son vivant peuvent être authentifiés comme ayant été écris de sa main, ou plutôt sous sa direction. Car il s'avère que se furent ses disciples qui rédigèrent la plupart de ses ouvrages, dont il n'écrivait que la préface, une pratique bien connue en Chine et, de toutes époques, chez les célébrités du monde entier...

Un des écrits qui fut signé de sa main, mais en réalité rédigé par Li jianyu (mon premier maître) et Sun wenqing (un autre des disciple de Wang xiangzhai) dans un style très caractéristique d'une époque maoïste dure, explique qu'il existe trois raisons majeures pouvant motiver la pratique d'une boxe chinoise (quan) :

- Vouloir entretenir sa santé
- Vouloir apprendre à se défendre
- Etre en recherche d'absolu

L'expression qui fut utilisée dans le texte pour la dernière des 3 raisons combine les idées de rechercher et d'étudier, mais tout pratiquant aura pu lire entre les lignes et savoir qu'il parlait alors de recherche spirituelle sans pouvoir le dire expressément à cette époque difficile de l'histoire.




Maître Li jianyu, à l'âge de 89 ans, en posture "Fuhuzhuang"


La première raison, dont les méthodes sont les plus faciles à reproduire selon l'auteur, est celle d'apprendre à rester en bonne santé. Pour évoquer celle ci, l'expression qui est utilisée ici en chinois est weisheng ( 卫生), expression signifiant "hygiène". Ce mot n'a pas été choisi par hasard par l'auteur, il a pour fonction d'indiquer que, dans une Chine "moderne", ces anciennes pratiques "contre révolutionnaires" ont un intéret réel pour le peuple !

La seconde raison est d'apprendre à se protéger ou a se défendre. L'auteur utilise alors la même expression que celle qui fut utilisé dans tous ses précédents textes (et les suivants) : ziwei (自卫), expression pouvant être traduit littéralement par auto-défense ou self-défense.
C'est l'art martial à proprement parler. Wang xiangzhai n'en parlait jamais comme autre chose qu'une science ou voie ou méthode permettant de se défendre contre des agressions extérieures. On peut comprendre cette idée du fait que la Chine n'était plus en période de guerre et que, de toutes façons, la révolte des boxeurs l'ayant largement prouvé, l'art martial traditionnel n'avait plus grande utilité dans un conflit armé depuis que les canons et fusils avaient été inventé...

La dernière raison, la plus évasive dans le texte, permet de relier ces pratiques au contexte duquel elle sont issues sans évoquer expressément son caractère sacrée...




Maître Li jianyu, à l'âge de 74 ans, en posture "Maodunzhuang"


Concernant les caractères utilisés par Wang xiangzhai pour disserter sur l'art de la boxe (quanshu / 拳术), mon analyse personnelle me laisse penser que :

L'art d'entretenir son principe vital, ici évoqué sous l'appellation moderne de weisheng / principe d'hygiène, mais par ailleurs toujours évoqué sous son nom antique de "cultiver le principe vital" ou "Nourrir la vie"/ Yangsheng / 养生, une expression déjà utilisée par Zhuangzi au 4e siècle avant notre ère (!!!) , et qui reste, de mon avis le plus haut degré de pratique de cet art. La simplicité apparente de la méthode masque une grande profondeur dans le travail sur soi qui la fait rejoindre la troisième raison de pratiquer évoquée ici par Wang xiangzhai : la recherche spirituelle.




Maître Wang shangwen, en posture "Maodunzhuang"


L'art du poing, qui n'a quasiment plus d'utilité en période de paix (d'où, d'ailleurs, son assimilation des techniques spirituelles au cour de l'histoire) peut, finalement être résumé en une expression chinoise, en suivant la logique de l'étymologie employée par le fondateur du Yiquan : weisheng  (卫生) ! 
L'expression n'est plus à prendre, alors, dans sa traduction moderne connotant l'hygiène mais plutôt au sens littéral de ces 2 caractères : 卫 / protéger + 生 / la vie ou le principe vital.
Sous cet aspect, il apparait soudain comme d'une importance moindre que la première des motivations évoquées par le fondateur : yangsheng : 养 / cultiver ou nourrir / faire croitre + 生 / la vie ou le principe vital.

Cette expression, est alors liée à l'idée de ziwei (自卫) / se protéger soi-même, mais étendue à des vues plus humanistes et moins égoïste : protéger sa vie, certes, mais également celle des autres, donc protéger la vie ou le principe vital en général... 
Pourtant, même évoqué de cette manière, la pratique de l'art martial en temps de paix et en société moderne ne permet que de savoir préserver la vie des agressions extérieures alors que lorsque l'on parle de yangsheng (养生) / cultiver ou nourrir le principe vital, il ne s'agit plus uniquement de le préserver mais de l'accroître, de le faire grandir et se développer et, pour se faire, d'en avoir une compréhension suffisamment importante. 



Maître Wang shangwen, coup de poing "Zaiquan"



On remarquera, au passage, que la plupart des maîtres de l'art martial s'engagent dans cette voie à partir d'un certain âge. Et, si l'on pense souvent que c'est par peur d'affronter leur propre mort qui approche, je me tournerai vers une autre explication : ce changement de motivation provient peut être d'une forme d'éveil à la compréhension du monde des vivants : les plus grands maîtres ne sont ils d'ailleurs pas tous des thérapeutes accomplis ?

Mon premier maître, qui avait pu suivre les enseignements du fondateur du Yiquan / Dachengquan pendant plus de 20 ans et l'assister dans son enseignement, donnait la priorité à cette forme de pratique. Il avait la réputation d'être plus tourné vers le Yangsheng que vers le martial et, pourtant, il avait écrit ce texte intitulé "Du bénéfice de l'étude de la boxe" (Yiquan yi de / 习拳一得) révélateur de la confiance que lui accordait Wang xiangzhai lui même quand à l'étendu de ses connaissance dans l'art de la boxe. 



Maître Wang shangwen, en posture "Chengbaozhuang"


Mon second maître, Wang shangwen, est issu de l'enseignement du célèbre Wang xuanjie, qui était surtout réputé pour se capacités martiales et son intérêt pour l'art du combat. Je peux pourtant constater aujourd'hui l'intérêt grandissant de celui ci pour l'art du Yangsheng et l'évolution technique qu'a suivit son enseignement en dix ans. Le maître Wang shangwen, après avoir épuré son Dachengquan de toutes les techniques superflus qu'il avait appris de son propre maître, pratique aujourd'hui une boxe qui représente, à ses yeux, l'essence de l'enseignement du fondateur. 

Je m'efforce aujourd'hui d'enseigner ce que j'ai appris de ces deux grands messieurs des arts martiaux chinois...



mercredi 19 avril 2017

Stage de Yiquan en région lyonnaise

Je serai en stage ce dimanche 23 avril à Saint Germain au mont d'or, invité par l'école Atemi Mont d'or de jean-clause Guillot.

Le stage sera orienté sur la pratique à deux au travers des exercices de Tuishou. Ceux ci seront décortiqués pour essayer d'en comprendre aussi bien leurs principes de pratique que les différentes mises en application. qui en résultent.




Techniques animales et Tuishou lors d'un stage à Paris en 2016



Seront également abordées lors de ce stage, les techniques animales provenant du Yiquan de Wang xiangzhai ainsi que celles enseignées dans le Dachengquan de Wang xuanjie.

Les différentes variantes des mises en application pratique permettront de comprendre le principe du Duanshou, une des caractéristique du Yiquan / Dachengquan, ainsi que l'utilité des exercices de jibengong (travail de base) tel que la posture statique (zhanzhuang), le test de force (Shili) et le déplacement (Mocabu).

Pour tout renseignement ou pour inscription, veuillez contacter directement Atemi mont d'or :

Mail : magnitudeplus@cegetel.net
Tel : 04 78 91 45 50


lundi 13 février 2017

Adam Mizner : Un niveau exceptionnel

En mars prochain, Adam Mizner sera en stage à Paris pour la seconde fois. L’intitulé de l’événement, « Internal power workshop » (en anglais, « stage sur la force interne ») est assez révélateur de l’enseignement divulgué par cet Autralien au parcourt hors norme et au niveau hors du commun…

Mes premières impressions, en voyant une démonstration d’Adam Mizner dans l’exercice du Tuishou furent identiques à celles que j’avais pu avoir en voyant cette fameuse vidéo dans laquelle le célèbre maitre Ma yueliang, gendre de Wu jianquan et dernier grand représentant du style Wu de Taijiquan, « baladait » ses partenaires sans utiliser une once de force en se jouant d’eux comme de poupées de chiffon. Il m’avait tout de suite sauté aux yeux que cet occidental avait déjà accomplit à un jeune âge un niveau de dextérité dans son art qui dépassait de loin ce que j’avais eu l’habitude de voir, y compris lors de mes nombreuses rencontres en Chine.


Magnifique démonstration de Tuishou du maître Ma yueliang  


Adam Mizner n’a pas construit sa renommé sur la place qu’il occupe dans la lignée d’une école, ni, comme c’est parfois encore d’usage en Chine, en se prosternant à genoux devant un grand maître, empruntant ainsi un peu de sa célébrité, mais bien sur ses capacités (Gongfu).

Son Gongfu avait, d'ailleurs, vivement marqué les esprits lors de la démonstration qu’il fit en 2010 à Kuala Lumpur lors de la célébration du 100ème anniversaire du défunt maitre Huang xingxian, devant une assemblée de maîtres et d’experts de cette lignée (dont il est également un représentant).
Il fait désormais partit de ces rares occidentaux auprès desquels les chinois viennent apprendre (ou réapprendre) leur art, choses inconcevable lorsque l’on connaît la fierté qui est la leur pour ce qui relève de leur tradition. Il a ainsi été récemment nommé  conseillé technique pour la branche Taïwanaise de l’école Huang xingxian après y avoir dirigé un stage orienté sur la pratique du neigong.


Démonstration d'Adam Mizner et ses élèves au 100ème anniversaire de Huang xingxian


Le neigong, c’est le fer de lance d’Adam. C’est ce qu’il essaie de faire passer avant tout lors de ses stages. Sans se focaliser sur la forme ou les enchainements (dont il maîtrise également nombreuses subtilités dans les formes de Huang Xinxiang et de Yang shaohou), son enseignement permet aux pratiquants d’autres écoles de suivre ses leçons et d’en retirer un bénéfice. En enseignant comment générer la force par le relâchement et à la mettre en applications au travers des divers exercices de poussée de main (Tuishou), décortiquant ceux ci comme seul celui qui en a compris les fondements peut le faire, il exprime les différents principes qui sont exprimés dans chacune des techniques de l’enchainement, nous laissant libre de les intégrer par la suite, quelle que soit notre forme. Mais, en suivant son enseignement, on réalise surtout à quel point le travail sur l'esprit est important si l'on souhaite maîtriser les subtilités du fonctionnement du corps dans le relâchement.  



Formes et mise en pratique du Taijiquan de l'école Yang



Ses explications, limpides, montrent que sa maîtrise est bien le fruit d’un long travail de recherche qui lui a permis de comprendre ce qui semble incompréhensible aux yeux de la plupart des pratiquants. Ses démonstrations, quant à elle, semblent parfois relever de la magie tant la finesse de son travail est extrême et ses mises en situations librement improvisées face à des pratiquants de tous gabarit et de tout niveau sont, alors, la preuve qu'il n'y a aucun trucage !

De mon avis, Adam Mizner est aujourd'hui un des rares pratiquants de Taijiquan capable de démontrer son art à un tel niveau de pratique...  


Stage d'Adam Mizner à Vincennes les 18 et 19 mars 2017
Renseignements et inscriptions : hme.mars2017@gmail.com