mercredi 25 février 2015

Témoignage sur Wang xiangzhai : Yu yongnian (Dernière partie)


Suite et fin du texte de Yu yongnian sur son maître Wang xiangzhai (traduit du chinois par emmanuel Agletiner) :

A cette époque, lorsque le maître parlait de l’art martial, c’était très difficile de comprendre ce qu’il disait. Il fallait au minimum plusieurs mois avant de comprendre ce qu’il avait voulu dire. On peut dire de cela que la théorie doit être éprouvée par le corps avant d’être véritablement assimilée. Pour bien pratiquer, il faut s’entrainer sans relâche, bien réfléchir à ce que l’on fait et il faut les indications précises d’un maître pour qui tout est limpide.



Le maître Yu yongnian dans ses jeunes années, en posture xianglongzhuang



Par exemple, Wang xiangzhai disait parfois que les shili étaient semblables aux mouvements d’un cheval à bascule sur lequel s’amuse un enfant : Si le mouvement est trop léger, ça ne va pas et si le mouvement est trop grand, ça ne va pas non plus. Quand on avait compris ce qu’il voulait dire par là, il fallait encore y réfléchir sérieusement puis pratiquer et pratiquer encore avant d’en tirer quoi que ce soit.



Wang xiangzhai et un groupe d'élève, Zhao daoxin est à la gauche du maître.


Une fois, j'ai assisté à une démonstration des déplacements du Baguazhang par Zhao daoxin. Ses déplacements étaient vivants, sa forme de corps était particulièrement vive et déliée. Lui même était fin et élancé. Maitre Wang xiangzhai disait à propos de ses 5 disciples qu'il avait renommé avec le caractère Dao que daoxin était celui qui avait le mieux compris son enseignement. A Tianjin, Zhang zhaodong avait laissé Wang xiangzhai choisir quelques uns de ses propres disciples pour que cet échange leur permette de s’enrichir mutuellement. A cette époque, il y avait une expression qui disait « Les 10 merveilles de la ville de Tianjin » pour désigner 10 artistes martiaux de la ville. Parmi ceux-ci se trouvaient déjà, notamment, Zhao daoxin et Zhang entong. Et ces 10 élèves ont tous été encouragés par Zhang zhaodong à se prosterner devant Wang xiangzhai pour suivre son enseignement. Il y a une anecdote intéressante sur la façon dont maître Wang pris Zhao daoxin comme disciple. Au moment ou le maître choisi ses élèves, Zhao daoxin venait de sortir. Se trouvant derrière le maître, il étendit la main pour saisir sa « robe » (qipao). Le maître eut une réaction spontanée et se retourna très énergiquement, comme s’il avait senti qu’il se passait quelque chose d’étrange dans son dos. Son mouvement projeta instantanément daoxin d’un Fali qui l’envoya s’asseoir sur ses fesses !



Le jeune Zhao daoxin en compagnie du célèbre maître Zhang zhaodong de Tianjin


Après cela, Zhao daoxin pris Wang xiangzhai pour maître et fit sa prosternation. Il ne recommença jamais ce genre d’irrespect. Mais, parce qu’il avait compris d’instinct que le maître utilisait son intention, il voulu essayer à nouveau son Gongfu. Cette fois-ci il voulu voir ce que cela donnerait en face à face. Il attendit que maître Wang se poste devant lui puis soudainement, il tenta une projection en passant une main derrière un de ses talons tout en frappant de l’autre main sur ses genoux. A peine avait il eu touché les jambes de maître Wang que celui ci explosa en un petit mouvement brusque et soudain qui eut pour effet de libérer ses deux jambes de la prise et, en même temps, de soulever tout le corps de Zhao daoxin dans les airs pour le faire retomber brutalement. Cette fois-ci, daoxin avait été complètement convaincu par la démonstration et, en se relevant, il se prosterna à nouveau devant le maître.

A entendre parler maître Wang, de tous ses élèves, Zhao daoxin était celui qui avait atteint le plus haut niveau de réalisation. Lorsque Wang xiangzhai parlait art martial avec lui, il n’hésitait pas à mettre application ce dont il parlait tout en lui expliquant. Dans un certain sens le fait de pouvoir dominer aussi facilement Zhao daoxin était déjà un exploit en soi…


jeudi 12 février 2015

Témoignage sur Wang xiangzhai : Yu yongnian (première partie)


Texte original du maître Yu yongnian, disciple directe de Wang xiangzhai, décédé en 2013 à l'âge de 93 ans, traduit du chinois par emmanuel Agletiner :

"Je me souviens d'un grand rassemblement donné au parc Zhongshan en 1947 avec démonstrations d'arts martiaux où des représentants de nombreux styles avaient participé. Monsieur Wang portait à cette occasion un long Qipao et fut le dernier à monter sur l'estrade pour y faire une démonstration du Jiangwu. Il suffisait de poser son regard sur maitre Wang en train d'exécuter sa danse pour être captivé par le spectacle : ses changements soudains de rythme le faisait passer d'une extrême lenteur à une incroyable rapidité. Ses fali étaient si soudains qu'on pouvait le voir bondir comme un grand ressort. Tout son corps tremblait et explosait tour à tour, laissant une sensation remarquable de puissance en mouvement dont on avait le sentiment qu’elle était capable de déplacer des montagnes. On pouvait ressentir, en même temps, une impression de relâchement et de légèreté tel le déplacement sans interruption des nuages dans le ciel. Les plus impressionnants à voir étaient les fali "vide". 




Le maître Wang xiangzhai effectuant son Jiangwu



J'ai eu la chance de voir cela de mes propres yeux... 

A part le maitre, la seule personne qui était capable de faire le Jiangwu correctement était Han xingqiao. Lorsqu'il faisait sa danse, ses attitudes ressemblaient en tout points à celles de Wang xiangzhai. Il était également capable de faire ces fali "vide". 

Après cela, dans les années 50, lorsque le maitre avait créé l'association de qigong du hebei a Baoding, il eu encore l'occasion de faire une démonstration de son Jiangwu. Ses mouvements étaient  encore aussi beaux que dans les années 40 et ses fali faisaient encore trembler l’estrade et même jusqu’aux murs… Ce jour là, j’étais avec Li jianyu, He jingping et d’autres disciples du maître et nous avons tous été ébahis par ce spectacle.







Le maître Han xingqiao, disciple de Wang xiangzhai, effectuant son Jiangwu lors d'une démonstration dans les années 80.



Je me souviens cette fois où le maître fit tuishou avec moi. Ses bras n’étaient vraiment pas très musclés et surtout ils étaient extrêmement relâchés. On peut dire que lorsque je faisais tuishou avec d’autres personnes, je ressentait une difficulté en surface, au niveau de la peau et des muscles, mais avec le maître Wang xiangzhai, la sensation allait jusqu’au plus profond de mes os. Ses avants bras étaient comme des crochets de ces grandes pinces servant à soulever des blocs de glace. Dès que ses avants bras entraient en contact avec les miens, ils me crochetaient jusqu’au plus profond de mes os. La douleur était difficile à supporter. Si j’essayais de me protéger, ça ne menait à rien et si j’essayais de rentrer pour attaquer, ma force était stoppée net avant qu’elle n’ait eu le temps de s’exprimer. Lorsque le maître faisait un semblant de mouvement à peine perceptible, c’étaient mes deux pieds qui étaient déracinés. Il faisait ce qu’il voulait de moi, m’emmenait de droite à gauche et de gauche à droite. Tout ce que je pouvais faire, c’était le suivre pour aller là où il voulait m’emmener. Mais le maître ne projetait ses partenaire que très rarement. Il disait qu'il suffit de trouver comment faire en sorte que votre adversaire se raidisse et se bloque, ensuite, le fali se fait tout seul.




Yu yongnian en posture dulizhuang dans les années 70


A cette époque, lorsque le maître parlait de l’art martial, c’était très difficile de comprendre ce qu’il disait. Il fallait au minimum plusieurs mois avant de comprendre ce qu’il avait voulu dire car la théorie doit être éprouvée par le corps avant d’être véritablement assimilée. Pour bien pratiquer, il faut s’entrainer sans relâche, bien réfléchir à ce que l’on fait et il faut les indications précises d’un maître pour qui tout est limpide."

A suivre...