mardi 4 décembre 2012

Les origines mystérieuses du baguazhang

La boxe chinoise Baguazhang (八卦掌)ou "Technique de paume des huit trigrammes" est une des plus célèbres écoles du wushu (art martial) chinois. Sa création est attribuée à Dong haichuan, qui fut un eunuque à la cour des Qing et dont le parcourt reste auréolée de zones d'ombres. La connaissance que nous avons aujourd'hui du Baguazhang est due à la diffusion de ce style par les meilleurs élèves de Dong haichuan, qui furent tous des personnages hautement respecté dans la communauté des maîtres de leur époque.

Si la création du Bagua est récente, elle n'en demeure pas moins difficile à cerner et hautement représentative de la complexité du chemin qui mène à l'élaboration d'une boxe chinoise.




Documentaire chinois présentant Ren wenzhu en visite à Dong shaojie, descendant de Dong haichuan




Selon les textes historiques, Dong haichuan démarra l'étude de l'art martial dans son enfance et pratiqua, notamment, le luohanquan (boxe des arhats). Il quitta sa famille, d'origine modeste, ainsi que son village au environ de 1850 à la recherche de travail et parti ainsi à l'aventure.

10 années plus tard, il était établi à Pékin et travaillait comme serviteur d'un prince de la famille impériale où il se fit remarquer pour son habilité martial. Se faisant ainsi une renommée, il commença à enseigner et à prendre des disciples, qui à leur tour, développèrent ce qui est aujourd'hui connu sous le nom de Baguazhang.



Quelques postures du bagua avec la hallebarde



Beaucoup de chercheurs et d'historiens ont exploité les informations que Dong haichuan avait transmis oralement à ses disciples sur l'origine de son enseignement. Celui-ci aurait été initié par un Taoïste dans un monastère du mont Jiuhua (Jiuhashan), dans la région de l'Anhui. Mais le grand nombre d'incohérences sur le récit de cet apprentissage, laisse à penser que Dong haichuan "s'inventa" un récit auréolé de mystères. Si la marche en cercle du Baguazhang pourrait avoir été inspiré d'une marche méditative circulaire pratiquée dans certaines sectes Taoïstes, la plupart des historiens doutent du fait qu'il ait appris sa technique de combat d'un moine Taoïste.

La plupart des chercheurs actuels penchent pour une toute autre hypothèse, bien moins fabuleuse mais tout aussi intéressante à mon gout :

Durant les 10 années d'ombre de la vie de Dong haichuan, celui-ci se serait engagé dans l'armée des Qing afin de lutter contre les armées des rebelles Taiping. Il y aurait été formé à différentes techniques de combat par les instructeurs de l'armée impériales et aurait utilisé son expérience au champs de bataille pour mettre au point son enseignement qu'il nomma tout d'abord "Chuanzhang" (la paume de "chuan" / de Dong haichuan). Ainsi, l'école qui pris plus tard le nom de baguazhang, serait issu de techniques militaires éprouvées au combat sur les champs de bataille.



Visite de Guo yunshen (au milieu, à droite) dans une école de baguazhang 



 L'enseignement de Dong haichuan fut personnalisé pour chacun de ses disciples, qui créèrent chacun un enchainement différent. Les premiers furent Yin fu et Cheng tinghua, qui, à leur tour, prirent des disciples dont Zhang zhaodong, Liu fengchun, Liang zhengpu, Liu baozheng, Ma gui...
L'enseignement qu'a pu donner le fondateur de cette école est assez incertain. Seul quelques éléments, présent dans toutes les formes ayant été créées par ses disciples et descendants, sont issu de Dong haichuan avec certitude. Notamment, certaines postures statiques (zhanzhuang) ainsi que la marche en cercle, le simple et le double changement de paumes et les trois paumes antiques (laosanzhang).

Si le Yiquan possède un lien historique évident avec le Xingyiquan, il n'en fut pas moins influencé par le Baguazhang, même si les liens unissant ces deux boxes semblent, à première vue, moins évident. Parmi les relations que possédait Wang xiangzhai, les maîtres Liu fengchun, Zhang zhaodong et Ren zhicheng semblent avoir eu une importance toute particulière. Il étaient tous trois des disciples proches de Dong haichuan et possédaient, si on en croit les témoignages, un gongfu hors du commun...





vendredi 3 août 2012

Témoignage sur Wang xiangzhai : Guo guizhi

Guo guizhi est un des derniers maîtres de Yiquan / Dachengquan de sa génération à venir régulièrement en France afin d'y enseigner. Depuis maintenant 15 ans, il oeuvre à la diffusion de cet art en occident et viendra une nouvelle fois dans notre pays au printemps prochain afin d'y animer une série de stage à Paris, Lyon et Marseille. L'année dernière, lors d'une cérémonie organisée par ses nombreux élèves pour célébrer ses 80 ans, le maître a prononcé un discourt dans lequel il a évoqué sa rencontre avec le fondateur du Yiquan et s'est permis d'apporter des précisions sur l'histoire de cette école. En voici une traduction (Traduit du chinois par Laurent Chircop Reyes, disciple de Guo guizhi) :

« A la fin de la dynastie Qing (1644-1911), le niveau (gongfu) de Monsieur Wang Xiangzhai était déjà excellent, à cette époque il exerçait en qualité de chef instructeur de l’armée. Son nom et sa réputation d’entraineur d’arts martiaux résonnait alors du Nord au Sud du pays. Monsieur Wang n’était pas de Beijing, il venait de la province du Hebei, c’était aussi une personne d’origine sociale modeste, je tiens à ce que chacun d’entre-nous connaissent bien l’histoire et les origines de notre pratique. Dans les années 20 lorsque Monsieur Wang était à Shanghai, il a rebaptisé sa pratique « Yiquan ». Une vingtaine d’années plus tard, soit dans les années 40, il décida de retourner dans le Hebei et de se rendre ensuite à Beijing afin de diffuser et promouvoir son art. De quelle façon ? Chaque dimanche il ouvra les portes de sa maison à tous les pratiquants de n’importe quelle région dans le but de venir échanger avec lui sur les arts martiaux. Monsieur Wang n’avait alors jamais perdu une seule rencontre, de nombreux experts Japonais pratiquant le karaté, le kendo et le judo s’était également mesurés à Wang xiangzhai. Au travers de tous ses échanges victorieux, plusieurs riches personnalités de l’époque, dont principalement quatre personnes, dont Monsieur Zhang Bi faisait parti, proposèrent alors à Monsieur Wang que désormais sa boxe ne s’appellera plus « Yiquan » mais « Dachengquan ». Je voudrais que tout le monde soit bien clair avec cette partie de l’histoire [ …] Ce n’est pas Wang xiangzhai lui-même qui décida de prendre cette appellation, mais les nombreux pratiquants gravitant autour de lui. Cette appellation fut grandement favorable au développement de la pratique de Monsieur Wang à cette époque, dont sa pratique se différenciait des autres pratiquants du fait de l’importance accordée à l’entrainement du zhanzhuang. Particularité qu’il avait hérité de son Maître Guo Yunsheng, et dont le niveau de gongfu atteint grâce au zhanzhuang lui permis dès la fin des Qing d’entrer en tant que chef instructeur de l’armée […].


Le maître Yu yongnian enseignant à un groupe d'élève 


Aujourd’hui je fête mes 80 ans, et je souhaite rappeler à tout le monde comment j’en suis venu à pratiquer le Dachengquan. Certains de mes vieux camarades dans la salle s’en rappellent, à l’époque nous travaillons très dur dans le transport du charbon, je suis alors tombé gravement malade, à la limite d’être mort de fatigue, j’en vomissais du sang. Il n’y avait alors aucun moyen de guérir. C’est là que j’ai été envoyé  à l’hôpital de Beidaihe, où j’ai fait la rencontre du Professeur Yu Yongnian, à l’époque il était vraiment puissant, bien évidemment je ne le valais pas. Il a commencé de m’enseigner la méthode curative du Dachengquan, à ce moment là je ne pratiquais déjà plus le Taijiquan, Xingyiquan, ni le Shaolinquan. Ce n’était alors plus dans une optique martiale que je m’entrainais, mais pour recouvrir la santé.


Posture chengbaozhuang par Guo guizhi


Concernant le niveau dans l’art de la boxe, et là je souhaiterai m’exprimer clairement à ce sujet, ce n’est pas une affaire de dire simplement qui est bon ou qui ne l’est pas, le niveau provient de l’entrainement, celui qui s’entraine atteindra un haut niveau. A mes débuts avec le professeur Yu à Beidaihe, je n’étais pas bon du tout. Après une courte période de pratique, j’invitais les autres élèves à faire tuishou avec moi,  et aucun ne pouvait plus me bouger ! Le professeur Yu m’a alors surnommé celui qui a « 800 livres (400kg ndlr) de force ». Cependant, cette réputation m’a apporté pas mal d’ennuis à l’époque. En effet, en quittant Beidaihe et de retour à Beijing, le professeur Yu a écrit une lettre à l’attention de Monsieur Wang Xiangzhai « j’ai ici un élève très doué, il souhaiterai apprendre l’art de la boxe, j’espère que vous accepterez sa venue. Il a une force exceptionnelle de 800 livres. » Bien sûr ce n’était qu'un surnom pour me recommander à Wang xiangzhai, je n’avais pas autant de force ! Je suis alors allé voir Monsieur Wang avec la lettre de recommandation, ce dernier à son grand étonnement a lu « 800 livres de force ? ». Cela l’a rendu plus furieux contre moi qu’autre chose ! Il m’a dit alors « C’est toi qui a une force de 800 livres ? Viens, on fait un petit match tous les deux ! » Je lui ai répondu « D’accord ! » J’étais bien plus grand que lui de taille, mais je ne connaissais pas la situation, je n’avais aucune idée de son niveau, je lui ai donc juste demandé de me montrer un peu. Il se déploya ainsi pour pousser, il avait de la force devant, derrière, à gauche à droite : les six forces ! Je me suis dit « Je n’ai encore jamais vu un gongfu pareil ». J’aimais beaucoup Monsieur Wang, il m’appréciait bien également, car j’avais le courage d’affronter, j’avais l’esprit des pratiquants d’arts martiaux […] Un peu plus tard, Wang xiangzhai m’a présenté à Chang zhilang et Wang xuanjie, nous pratiquions alors tous les trois au parc sous sa direction. Il y avait énormément de monde qui pratiquait la méthode curative à cette époque, avec notamment Li jianyu en charge d’enseigner à ces personnes. Il y a avait alors deux voies de développement, martial et santé, cependant à cette époque il évitait d’appeler cela l’art de la boxe […]. J’ai étudié sur une période relativement courte avec Monsieur Wang. L’année 1963, il décéda, il n’avait que 78 ans […].


Guo guizhi et Chang zhilang démonstrant le Tuishou dans les années 80 à Datong 

En définitive, c’est grâce à l’entrainement au Dachengquan que j’ai pu renforcer et entretenir ma santé, aujourd’hui j’ai 80 ans, je suis encore en pleine forme et mes mouvements sont plutôt pas mal, vous ne trouvez pas ? Tout cela je le dois au Dachengquan, sans quoi je ne serais pas là aujourd’hui.  Il y a un point sur lequel il faut faire très attention, le pivot central de l’étude de cet art de la boxe n’est pas seulement de pouvoir frapper des gens, mais surtout de rester en bonne santé, et d’entretenir le corps pour la longévité. Selon la maladie que vous avez la pratique peut vous aider à guérir complètement.


 Guo guizhi mettant en application sur Laurent différents types de forces


Wang Xiangzhai nous à légué son enseignement du « nourrir le principe vital » (Yangsheng), c’est le point sur lequel il nous faut insister. Le but premier de l’art martial est celui de nourrir le principal vital, et non celui de frapper. Frapper ? Qui est-ce qui a besoin de se battre tous les jours ? […] Une personne que je n’oublierai jamais c’est le professeur Yu, c’est lui qui m’a présenté à Monsieur Wang Xiangzhai. En 1963, il m’a présenté à Monsieur Yao Zongxun, j’ai suivi l’enseignement de ce dernier pendant 20 ans. Durant les périodes difficiles du pays, je me rendais chaque mois chez Monsieur Yao pour l’aider financièrement par des dons, car la vie était dur à cette époque. Cela a duré dix ans, et ça fait partie de l’histoire du Dachengquan de Datong, de mon parcours […] Et j’en profite aujourd’hui pour m’expliquer sur le fait que certains de mes vieux élèves de Datong sont en conflit avec moi.


Les débuts d'enseignant du maître Guo guizhi à Datong : Zhanzhuang  dans un parc


Aujourd’hui l’époque a bien changée, mais avant les années 70, la pratique des arts martiaux n’était pas vu d’un bon œil dans le pays, parce que je n’osais pas enseigner j’avais alors instauré une règle pour ceux qui voulaient s’entrainer avec moi : premièrement ne pas l’enseigner aux autres ; deuxièmement ne pas faire payer les gens ; troisièmement ne pas se battre. Ces gens là ne m’ont pas écouté, aujourd’hui encore nous avons des différends. Mais parmi ceux qui sont restés mes élèves beaucoup sont devenus des grands pratiquants reconnus, dont certains ont un excellent niveau de combat sanshou dans la région. C’est donc aussi grâce à tous ces gens de qualités ainsi que des pratiquants de mon village natale que le Dachengquan a pu bénéficier d’un si bon développement dans la région […]Dans l’avenir il y aura encore d’autre réunion pour que le développement de notre pratique continue. A l’époque nous ne pouvions que difficilement dispenser cette pratique, et aujourd’hui nous sommes la seule association de dachengquan de toute la province du Shanxi […] Et je finirai ce discours sur l’importance du respect que l’on doit porter envers ses parents, que mes disciples m’estiment j’en suis très heureux, mais souvenez-vous, respectez toujours vos parents […].

Pour plus de renseignement sur la venue de Guo guizhi en France, veuillez contacter Joël Issartial par mail à l'adresse lestatous@gmail.com

samedi 14 juillet 2012

Boxe de la grue blanche

Parmi les écoles anciennes qui sont à l'origine de la création du Yiquan / Dachengquan, on trouve notamment la boxe de la grue (Hequan) également connu sous l'appellation de "boxe de la grue blanche du Fujian", en raison de ses origines géographiques de la province du Fujian.

Cette forme de l'art martial chinois aurait été élaborée au début de la dynastie Qing par une femme du nom de Fang qiniang et s'appuierait sur l'ancien enseignement de la boxe des Arhats (Luohanquan).
La forme ancienne du Luohanquan, qui a son origine au monastère Shaolin du Henan, n'a pas survécu aujourd'hui. Elle fut probablement très élaborée et on en retrouve des bribes disséminées dans différentes écoles actuelles, notamment le xinyiba.



Les 13 postures des Luohan, "boxe souple de Shaolin" (Shaolin rouquan)





Fang qiniang assimila certains principes de cette boxe de Shaolin, qu'elle avait étudié auprès de son père, après avoir observé les différentes attitudes de la grue blanche. Elle finit par mettre au point son propre enseignement, lequel devint très populaire dans toute la région du Fujian.

La boxe de la grue blanche ancienne, également nommée "boxe ancestrale de la grue" (Zonghequan) repose sur différents principes profonds d'utilisation conjointe du corps et de l'esprit. Parmi les nombreuses caractéristiques de cette école, on peut mettre en avant la recherche d'une force particulière issue d'un mouvement global et spontané du corps décrit, en chinois, par le caractère Zong (). Ce caractère désigne le mouvement qu'exécutent certains animaux lorsqu'ils sortent de l'eau et s'ébrouent pour se sécher, secouant alors jusqu'à la moindre parcelle de leur corps d'une manière globale. Les principes de vide et de plein (xu shi), de fermeté et de souplesse (gang rou), d'avaler et recracher (tun tu), notamment, étaient également largement étudiés.



Boxe de la grue qui s'ébroue, forme et applications


L'ancienne école de la grue (Zonghequan) était très complète et donc extrêmement complexe à assimiler dans son intégralité. Elle donna donc naturellement naissance à différents courants, chacun se spécialisant dans un aspect particulier de cette forme originelle. De la grue ancestrale (Zonghe / 宗鹤) naquirent les écoles de la grue qui s'ébroue (Zonghe / ), de la grue qui crie (Minghe), de la grue qui mange (shihe), de la grue qui vole (feihe).

La proximité géographique de l'ile d'Okinawa et l'influence historique qu'exerça sur elle la province du Fujian, voisine, donna naissance aux différentes enseignements de l'art martial à main nue chinois qui prirent plus tard le nom japonisé de "Karate" (le caractère désignant l'origine chinoise de cet art fut remplacé par le caractère "vide" et "la main de chine" (To te) devint "la main vide" ( Kara te). 

Et si des bribes de l'art ancestral de la grue blanche sont encore présent aujourd'hui dans certaines écoles okinawaiennes de karate, la plupart des notions complexes qui en régissent les principes ont souvent mal été assimilé et retransmis de manière erroné. 





Boxe de la grue, application par le maître vietnamien Huynh Tuan Kiet


En ce qui concerne l'influence du Hequan sur le Yiquan / Dachengquan, on peut dire qu'elle est indéniable. Si l'on ne sait que peu de chose sur l'enseignement que reçu Wang xiangzhai lors de son séjour dans le sud de la Chine, ce passage de sa vie étant rempli de zone d'ombre, certains principes écrits par Wang xiangzhai proviennent directement de textes sur la boxe de la grue. Un exemple frappant étant la permanente mise en avant de l'alternance et de la complémentarité de certains principes opposés, comme dans le texte suivant :


子午虚实、吞吐浮沉、刚柔缓急、后发先至 (ziwu xushi, tuntu fuchen, gangrou huanji, houfa xianzhi) : Le vide et le plein sont comme les extrême opposés qui forment un tout, avaler et "recracher" créent la fluidité et l'enracinement, fermeté et souplesse permettent de prendre son temps ou d'accélérer subitement, il faut d'abord atteindre sa cible avant de faire sortir la force. (traduction personnelle)


Les noms des maîtres que Wang xiangzhai dit avoir rencontré dans le sud de la Chine à ses disciples sont peu connu et certains historiens vont jusqu'à se demander s'ils ont existé... Toutefois, on peut noter que le nom de famille Fang tient une place importante dans le développement de la boxe de la grue. Ainsi, le maître Fang qiazhuang (ou Fang yizhuang) que Wang xiangzhai aurait rencontré au Fujian pourrait être un descendant de Fang qiniang...


vendredi 15 juin 2012

Une maîtrise exceptionnelle : Yao yue

Dans l'histoire de l'art martial, on peut parfois assister à la disparition d'une école. Cela arrive lorsque des disciples ne parviennent pas à saisir l'essence de l'enseignement de leurs maîtres et que la transmission se perd au fil des générations.

Il arrive parfois également qu'une école nouvelle apparaisse ou bien qu'une école déjà existante voit son blason redoré par un pratiquant. En principe, ce genre d'événement arrive lorsqu'un maître surdoué, qui a réussi à comprendre ce que peu de pratiquants étaient capable d'assimiler, commence à se faire connaitre du publique.

C'est probablement ce qu'ont pu ressentir les pratiquants de Yiquan qui étaient présent au stage dirigé par le jeune maître Yao yue le weekend dernier.

Yao yue a probablement hérité de nombreux gènes de son grand père, l'illustre Yao zongxun, dont Wang xiangzhai ainsi que ses disciples et élèves admirait la capacité d'assimilation et la rapidité d'apprentissage et de maîtrise. Ainsi, à 31 ans, le petit fils de celui en qui certains reconnaissent le successeur du fondateur, possède déjà des capacités et une compréhension de son art digne des plus grands maîtres.


Le jeune Yao yue fit déjà la couverture du magazine "Wugui" en avril 2010



Bien qu'ayant baigné dans l'art martial depuis sa naissance, imitant les postures de son père dès qu'il pu se tenir debout, Yao yue m'a avoué n'avoir commencé une pratique sérieuse du Yiquan qu'à l'age de 10 ans. Il n'a, en revanche, jamais pratiqué aucune autre école que le Yiquan...

Aujourd'hui professionnel, il est l'unique instructeur suppléant l'enseignement de Yao chengrong, son père, au sein de son école. Ce statut particulier lui vaut d'essuyer la plupart des défis que peuvent venir lancer des pratiquants curieux et de s'entrainer entre 4 et 6 heures quotidiennes à la pratique du Yiquan !

Vainqueur de l'open de Tuishou organisé par l'association de recherche pour le Yiquan en l'honneur des 115 ans de la venue au monde Wang xiangzhai, Yao yue décrit cependant le tuishou comme un exercice qui doit permettre au pratiquant d'acquérir des capacités subtils de contrôle de la force adverse et de ses propres déplacements. Il dénigre et regrette l'aspect d'affrontement que lui donne la plupart des pratiquants et explique que cette forme de travail doit être exécuté en un accord complet des deux protagonistes sans chercher à s'imposer par la force, afin qu'il donne de véritables résultats.



Yao yue en stage à Paris, juin 2012



L'enseignement de Yao yue est dans la ligne directe de l'enseignement de son grand père. Celui-ci avait su développer le Yiquan de Wang xiangzhai, modifiant quelque peu les postures et y ajoutant des techniques avec poing fermé sous l'influence de la boxe anglaise, que pratiquaient plusieurs disciples du fondateur à un haut niveau. Le Yiquan de Wang xiangzhai, alors dépouillé de toute technique de poing était plus focalisé sur l'utilisation des différentes forces avec l'ensemble du corps.
C'est donc l'ensemble des pratiquants des générations postérieurs qui fut influencé par Yao zongxun puisque ces techniques de poings font désormais partie du panel classique du Yiquan...

Le jeune maître Yao yue a su nous expliquer les différentes techniques de poings et leurs variantes ainsi que les différentes frappes de paumes, coudes, tête, pieds et les mettre en application tout en restant dans une utilisation de la force global, détendu et équilibré. Il fut capable de démontrer les différents shili, leur principes d'utilisation et d'expulsion en déplacement ou en pas fixe et de les mettre en démonstration, ponctuant ses explications de fali et fasheng d'une subtilité rare.

Bref, les maîtres Wang xiangzhai et Yao zongxun, de là où ils se trouvent, doivent être fier d'avoir un nouveau représentant capable de porter haut les couleurs du Yiquan sur la scène international.




jeudi 15 mars 2012

Hommage au maitre Wang yufang

Le maître Wang yufang, fille cadette du fondateur du Yiquan / dachengquan, nous a quitté le 14 mars 2012 à Pékin. Elle était âgée de 92 ans et avait oeuvré toute sa vie durant à la diffusion de l'art créé par son père. Elle même avait été la plus jeune pratiquante féminine en débutant la pratique sous la direction de son père à l'âge de 6 ans.

Grand maître appréciée de tous, elle nous avait fait l'honneur de sa présence sur le sol français, invitée par l'association de Jean-luc Lessueur, pour une série de stage. Ce fut la seule et unique fois qu'elle quitta son pays...

Elle nous laisse en mémoire une personne d'une extrême gentillesse, entièrement dévouée à l'art du bien être et ayant été, tour à tour, professeur et mentor de plusieurs grands experts renommés.






Le maître Wang yufang : enseignement du yangsheng et martial