samedi 28 mai 2011

Yiquan ou dachengquan ?

Ayant noté une grande confusion chez certains pratiquants de la boxe créée par le maître Wang xiangzhai, je me dois aujourd'hui de donner certains éléments qui pourront éclairer les lecteurs de ce blog sur les différentes erreurs que l'on peut entendre ci et là...

Lorsqu'il commença à enseigner, dans les années 20, le maître Wang xiangzhai avait déjà basé son travail sur la pratique du zhanzhuang. Cet exercice, qu'il disait avoir appris avec Guo yunshen permettait de travailler l'aspect intérieur, caché (l'intention / l'esprit) aussi bien qu'extérieur (la forme / le corps), selon l'adage du xingyiquan "以形取意、以意取形,形意合一" (Chercher la forme extérieure par l'intention, chercher l'intention par l'attitude extérieure, unir forme et intention ). A cette époque, le maître Wang décide de nommer sa boxe Yiquan, car ce nom était également utilisé pour désigner le xingyiquan (entre autres par le mâitre Li cunyi...)




Zhou ziyan, le premier disciple officiel de Wang xiangzhai




Puis, dans un soucis de se perfectionner et de comprendre mieux l'art martial chinois, Wang xiangzhai entreprend un périple sur plusieurs années dans le but de rencontrer des experts qui pourront le faire progresser. Il rencontre alors des maîtres aux pratiques différentes mais s'efforce d'en rassembler les points similaires et les grandes lignes universelles. L'enseignement qu'il entreprend à son retour est quelque peu différent et fera sa renommé, au point que dans les années 40, un de ses élèves et admirateur (Zhang yuheng) parlera de sa boxe en utilisant l'appellation "dachengquan" dans un article de presse.




L'article de Zhang bi (zhang yuheng) nommant la boxe de Wang xiangzhai "Dachengquan"





Le terme "Dacheng" vient du taoïsme. Il désigne l'ultime stade de réalisation qu'un l'homme peut accomplir par sa pratique. En l'occurrence, le journaliste voulait ainsi souligner le haut niveau de réalisation de son maître et lui rendre hommage à sa façon...

Ainsi, ne pouvant faire autrement que d'accepter ce nom (article paru dans le quotidien de Pékin), tous les disciples de Wang xiangzhai l'utiliseront pendant plusieurs années et c'est sous ce nom que se fera véritablement connaitre l'enseignement du maître. Dans un de ses écrits, le fondateur du yiquan / dachengquan, en référence à l'expression populaire "拳拳服膺" (la véritable boxe est dans le coeur) écrira d'ailleurs "la boxe qui prend racine dans notre coeur a pour nom grand accomplissement".
Puis, les années passant, la Chine va connaitre des périodes difficiles qui nuiront particulièrement à l'art martial traditionnel. La pratique n'étant pas véritablement nommée en ces périodes de répression, le maître Wang xiangzhai finira par parler de son enseignement à ses élèves en utilisant l'expression "la boxe que nous pratiquons" !







Vidéo intitulé "le jianwu du dachengquan par le maître Han qiao"






A la mort du maître, lorsque la première association à la mémoire de Wang xiangzhai sera fondé, le président Yao zongxun décidera d'utiliser le nom de yiquan, moins présomptueux et fidèle à l'idée de cette pratique.

En revanche, un certain nombre de pratiquants ayant suivi l'enseignement de Wang xiangzhai décideront de conserver le nom de dachengquan, en mémoire de leur défunt maître, tout comme le fit en son temps le maître Wang xuanjie. Le dachengquan qu'il enseignait était teinté de baguazhang et de xingyiquan, pratiques apprises auprès de ses premiers maîtres Li yongzong et Yang demao, mais restait fidèle à l'idée de Wang xiangzhai. De nos jours, les maîtres Mi jingke, Guo guizhi, Chang zhilang continuent d'ailleurs d'utiliser le nom de Dachengquan...

Ce qui fit la renommée des maîtres Wang xiangzhai ou bien Yao zongxun et Wang xuanjie, c'était leur niveau de réalisation (gongfu) et non leur façon de pratiquer...




mercredi 25 mai 2011

Extrait d'un texte de Wang xiangzhai

Le texte qui suit est une traduction personnelle d'un extrait de "Xiquan yide" (Les bénéfices d'une pratique de l'art martial). Texte signé par le maître Wang xiangzhai, mais qui fut, en réalité, co-écrit par ses disciples Li jianyu et Sun wenqing. Bien qu'ayant pour volonté de remettre au gout du jour la pratique de l'art martial dans le contexte historique de l'époque, en mettant en avant ses bienfaits pour la santé physique et mentale des pratiquants et dans un éventuel but "de faire avancer la Nation", cet écrit recèle de nombreuses explications particulièrement éloquentes sur l'enseignement de Wang xiangzhai :


"Il existe trois raisons majeures pour aborder l’étude de l’art martial :

1. Entretenir sa condition physique.

2. L’auto-défense.

3. Le plaisir d’apprendre, d’étudier les lois de la nature.


Entretenir sa santé est simple. Il suffit de se relaxer, de chercher à se sentir bien, naturel, léger, sans trop forcer, comme lorsque l’on commence à s’endormir ; imaginer que l’on flotte dans les airs ou dans l’eau – Ceci constitue les recommandations les plus essentielles. Si l’on cherche à faire quelque chose de plus, ça n’a pour effet que de dissiper l’esprit et donc ce n’est qu’une perte de temps. Si, par contre, on cherche à faire un exercice très intense, ça n’a pour effet que d’abîmer la santé.

Une fois que le corps est en bonne santé, on peut aborder l’auto-défense. Ce que l’on nomme auto-défense signifie que lorsque l’on est attaqué, « On utilise ses poing et ses pieds » pour résoudre le problème. Son plus haut niveau de maîtrise est difficile à décrire avec des mots. Mais, en tous cas, l’auto-défense est en étroite relation avec la santé. Car, avant l’agilité, la puissance et la technique, il faut d’abord avoir une bonne santé. Si l’on cherche à développer la puissance, il ne faut pas utiliser la force. User de la force musculaire empêche un bon développement de la puissance. Pour rendre le corps et les bras agiles, ainsi que les mouvements fluides, la meilleure méthode est le non-mouvement. Lorsque l’on trouve la méthode ennuyeuse ou énervante, on peut passer à des petits mouvements. Mais, au sein de ces mouvements, il est important de « continuer le mouvement lorsque l’on veut l’arrêter et s’arrêter lorsque l’on veut continuer ». En d’autres termes, « Il doit y avoir une volonté de créer le mouvement mais sans rechercher de résultat ». La signification est que le mouvement doit être fait avec beaucoup d’intensité en esprit, mais sans être particulièrement visible de l’extérieur. Il ne faut pas « faire » un mouvement. Lorsque l’on « fait » un mouvement, on peut dire que « rechercher la forme disperse la puissance ». Alors que « sans forme, la puissance est accumulée ». Ainsi, plus le mouvement est lent, meilleur il est. De cette manière, il est possible de s’améliorer et d’avoir une meilleur compréhension du fonctionnement de son propre corps, jusque dans ses cellules et parties les plus méconnues. Il ne faut pas exécuter l’exercice de manière superficielle, sans y prêter attention. C’est la condition de base pour apprendre un mouvement. Si l’on recherche uniquement la beauté extérieure de mouvements rapides, non seulement, il n’y aura pas de résultat probant mais, de plus, aucune progression ne sera à envisager.

En termes de méthodes et techniques pour vaincre un adversaire, il ne faudrait pas utiliser de techniques préétablies. Si l’on use de techniques créées artificiellement, la faculté naturelle de s’adapter aux changements les plus divers est totalement perdue.





L'exercice du tuishou en yiquan (ici, Yao zongxun et Tang rukun) doit permettre d'apprendre à réagir librement à la force adverse sans technique préétablie



Ce genre d’exercice est très facile à apprendre. Rien qu’en le voyant faire, on peut déjà en connaître les grandes lignes. Les résultats viennent aussi très rapidement. Mais il ne faut pas trop « forcer » mentalement ou physiquement. De la sorte, on peut développer de bonnes habitudes, utiles dans la vie courante car permettant d’agir de manière plus efficace. Cet exercice est bon pour le corps et pour l’esprit. En revanche, en recherchant des mouvements complexes ainsi que la force, on n’obtiendra aucun résultat.

Bien que ces exercices soient très simples, de nombreuses personnes les trouvent de plus en plus difficile au fur et à mesure qu’elles les pratiquent. Bien que ces personnes soient assidues, elles ne parviennent pas à distinguer le blanc du noir. Il faut savoir que, dans la nature, on place souvent la norme dans ce qui est hors du commun. Pourtant, en cherchant à sortir du commun, on fait fausse route.

Pour ce qui est du plaisir de l’étude, apprendre les principes sur lesquels sont fondés ces exercices constitue un sujet dont on pourrait parler sans fin. Je ne sais donc pas vraiment par où commencer. Ainsi, je vais mettre l’accent essentiellement sur certains principes et j’invite toute personne intéressée à les étudier.

Par exemple: le mouvement et l’immobilité, le vide et le plein, la vitesse et la lenteur, la tension et la relaxation, avancer et reculer, renverser et éviter, la verticale et l’horizontale, le haut et le bas, l’opposition et l’absorption, forcer ou suivre, rythme et oscillation, ouverture et fermeture, étirement et contraction, pencher en avant ou en arrière, tirer et presser, absorber et rejeter, le yin et le yang, l’oblique et la droite, le long et le court, le grand et le petit, le souple et le dur, ainsi que beaucoup d’autres. Ces notions sont des contradictions au sein d’autres contractions. Elles sont toutes en relation mutuelle. Afin d’en aborder le commencement du commencement, il faut démarrer l’étude à leur origine, qui est unique. Car, à leur origine, toutes ces notions sont une et indivisible. Si on les traite séparément, on ne pourra jamais les assimiler.

La relaxation est liée à la tension et la tension est liée à la relaxation, il doit y avoir une harmonie entre tension et relaxation. Le plein dépend du vide et le vide s’appuie sur le plein, il doit y avoir un équilibre entre eux. Le vertical et l’horizontal, l’expansion et la rétraction se supportent mutuellement. L’attaque et la défense, la percussion et l’esquive doivent être utilisés en même temps."




Li jianyu et Yao zongxun dans l'exercice improvisé du tuishou tel qu'enseigné par Wang xianzhai



N'oublions pas de rappeler aux pratiquants qui liront ce court extrait que l'étude de la boxe de Wang xiangzhai (Wang xiangzhai de quanxue) était basé avant tout sur un retour à l'origine des mouvements et à leur nature profonde, dans une recherche d'unité de l'être humain (corps et esprit). Ce retour vers une plus grande simplicité et vers une véritable signification du moindre mouvement, si petit soit-il, avait déjà été instauré par le maître Li luoneng qui avait "allégé" le xinyiliuhequan, trop compliqué, pour créer le xingyiquan. C'est probablement cette idée que suivit le fondateur du yiquan / dachengquan conformément à l'enseignement de Guo yunshen, lui même disciple de Li luoneng...