samedi 31 octobre 2009

Interview d'orlando Cani (deuxième partie)


Suite de l'interview, traduite de l'anglais, du fondateur de la gymnastique naturelle, ou "bioginastica". Mestre Orlando Cani nous parle de sa préparation des athlètes au combat...


La respiration est la clef. Le combattant doit complêtement maîtriser l'utilisation de son diaphragme. Souvent, lors d'une attaque, un combattant retient sa respiration alors qu'il devrait expirer l'air qu'il a dans les poumons. Il doit le faire afin de se débarrasser du CO2, toxique pour les cellules de son corps et pour éviter de se contracter et de produire de l'acide lactique. Lors d'un combat, l'athlète qui veut alors réagir ne le peut pas car son corps est dominé par l'acide lactique. Si on pousse ce processus à l'extrême, on va vers le tétanos, une maladie infectieuse caractérisée par une rigidité musculaire ainsi que des spasmes toniques qui ammène parfois jusqu'à la paralysie respiratoire et la mort. Donc, lorsque le corps arrête de nourrir le cerveau avec de l'oxygène, le combattant oublie tout ce qu'il a appris pendant toute ses année de pratique. Il y a alors une page blanche dans son cerveau et il oublie tout. Moi, j'essaie de leur enseigner à respirer correctement, à se concentrer, à se calmer lors du combat.

Q : Alvaro Romano se déclare créateur de la gymnastique naturelle, qu'avez-vous à dire à ce propos ?

O C : Alvaro Romano fut mon élève pendant 13 ans. C'est avec moi qu'il a appris la "gymnastique naturelle". Lorsqu'il est arrivé chez moi, il ne savait rien. Il était sur le point d'abandonner la faculté d'éducation physique et était vraiment en mauvaise condition. Il a commencé à pratiquer le yoga et la gymnastique naturelle avec moi et, après 13 ans, il a soudainement disparu sans jamais donner de nouvelle. Je ne sais pas ce qu'il s'est vraiment passé puisque je n'ai jamais eu l'occasion de discuter de cela avec lui. Je n'en avais aucune idée, jusqu'à ce que j'apprenne par un ami qu'il avait publié un article dans un magazine où il disait avoir créé la méthode de la "gymnastique naturelle". J'ai été très choqué ! Il était comme un fils pour moi. J'avais même fait deux vidéos sur la "gymnastique naturelle" que j'avais tourné avec lui. Quelque temps après, je me trouvais à un grand congrès où je devais faire un cour sur la "gymnastique naturelle" et quelques heures avant le début de mon cours, j'ai reçu un arrêté officiel de la justice m'interdisant d'utiliser ce nom car il était désormais une marque déposée par alvaro Romano ! J'étais écoeuré ! C'est pour cela que, depuis, j'utilise le nom de "Gymnastique Orlando Cani" (Orlando Cani gynastica) ou celui de "bio gymnastique" (bio ginastica). J'ai été profondément déçu.






Extrait du DVD "ginastica natural for fighters" d'Alvaro Romano




Q : Comment avez-vous connu Rickson Gracie et quand ?

O C : Rickson avait eu de bon retours sur ma méthode de travail et vint me voir à mon académie pour travailler avec moi. C'était en 1986 et ça a duré jusqu'en 1988. En 1989, il vivait déjà à Los Angeles et m'avait invité à diner avec ma femme, ce fut un très bon moment.
A cette époque, je ne faisais pas payer les athlètes qui voulaient s'entrainer avec moi et un jour, après qu'il fut allé aux Etats Unis pour y donner un séminaire avec Rorion et d'autres membres de sa famille, invité par l'acteur américain Chuck Norris, il me ramena deux magnifiques sabres japonais authentiques que je pourrais utiliser dans mes formes de kempo. A cette époque j'avais un bokken made in China. C'était vraiment un beau cadeau. En m'offrant les sabres, Rickson a fait un discour qui m'a beaucoup touché et dans lequel il disait qu'il était vraiment reconnaissant pour ce qu'il avait appris avec moi.

Q : Comment était Rickson comme élève ? Quelle était son attitude ? Etait-il doué ? A quelle vitesse et à quelle profondeur a-t-il étudié ? Qu'est ce qui l'intéressait en particulier ? Combien de temps a-t-il étudié sous votre direction ?

O C : Rickson Gracie était le meilleur élève que j'ai eu. C'est lui qui a le mieux assimilé le processus. Il est très sérieux et possède une profonde concentration. Il me regardait et m'écoutait et ce que je disais le pénétrait alors jusqu'à faire partie de lui. Il assimile en profondeur, c'est très impresssionant.
Après 2 ans à étudier avec moi, il m'a presque fait pleurer par un geste qu'il a eu et qui m'a beaucoup touché. Il m'a dit : "Aujourd'hui, vous allez rester assis et c'est moi qui vais faire le cour." J'ai alors cru qu'il allait littéralement s'envoler, tellement ce qu'il a fait était parfait, surtout son calme. Mon travail est très intensif : debout - au sol, debout - au sol..., il n'y a pas de bon ou de mauvais positionnement, c'est le mouvement. Pour moi, le mouvement c'est la vie, c'est l'action, c'est l'énergie.

Q : Quelle genre de technique les combattants veulent-ils apprendre avec vous ?

O C : Surtout la concentration et la respiration correcte pendant un combat. C'est vraiment intéressant et si subtile que l'on peut vaincre un adversaire juste en percevant sa respiration. (NDR : les combattants que forme Orlando Cani sont surtout des athlète de MMA qui pratiquent beaucoup de combat au sol). C'est du au fait que lorsque l'on retient sa respiration, on est plus faible et que l'on est fragile au moment où l'on inspire. Les animaux respirent en permanence, l'homme est le seul animal qui retient sa respiration, c'est un processus inconscient. Nous devons donc dominer le processus de la respiration pour ne pas perdre la concentration et l'énergie.
La "respiration naturelle" s'exécute essentiellement au sol, ce qui stimule le processus naturel d'une respiration et d'un mouvement correcte. Mais il ne s'agit là que d'une partie de mon travail car j'ai également de nombreux enchainements debout créés sur la base du taiji et des mouvements d'animaux couplés à la concentration.







Démonstration d'un enchainement libre de la Bioginastica, notez la respiration ventrale naturelle dans l'exécution des formes animales




Q : Ce que vous avez enseigné à Rickson Gracie, comment l'utilise-t-il dans un combat ? Comment cela se traduit-il au combat ?

O C : Concentration, respiration et conscience corporelle. Un athlète ne peut improviser sans conscience corporelle. Maintenant il peut improviser à un niveau plus élevé parcequ'il est très fort dans son jeux. Rickson est très concentré dans ses combats, il détruit ses adversaire rien qu'avec son regard. Bien sur, il est humain et peut donc commettre des erreurs mais même lorsque c'est le cas, il est tellement concentré et dans ce qu'il fait qu'il a la capacité de récupérer aussitôt. C'est très important car il faut bien se dire que la défaite est une possibilité. Lorsque l'on combat un adversaire de haut niveau, on fait des erreurs et on s'expose aussi. Rickson a une vraie habilité à récupérer de ses erreurs, parcequ'il étudie toujours bien ses adversaires et essentiellement aussi parcequ'il a une grande conscience corporelle.







Entraînement personnel de Rickson Gracie





Q : Vous et Rickson avez été séparé quelques années. Comment l'évaluez-vous après toutes ces années ? Pensez-vous qu'il continue d'utiliser ce que vous lui avez appris ?

O C : Oui, il a gardé la plupart de ce que je lui ai appris. Maintenant, nous pouvons développer plus de sensibilité. Dans les aspects de la motricité et surtout de la psycho-motricité. A ce jour, il est capable de développer à un haut niveau l'aspect psycho-moteur dans la relation muscles - système nerveux. A la fin de mon cour, la dernière fois que nous nous sommes vu, il a dit qu'il comprenait mieux maintenant la conscience corporelle. Comme c'est un athlète très impliqué dans tout ce qu'il fait, la dernière fois que je l'ai vu, c'était encore plus facile de travailler avec lui et son assimilation était encore plus rapide et intense.




samedi 24 octobre 2009

Interview de Wang xuanjie



Le texte qui suit est extrait d'une interview du maître Wang xuanjie, publiée dans le magazine chinois Jingwu en novembre 2004. J'en ai traduit des passages que j'ai trouvé particulièrement intéressants...

Question : Entre "Esquiver le plein et attaquer le vide" et "Frapper là où c'est plein, pas là où c'est vide", quelle est la méthode juste ?

Wang xuanjie : Quel que soit l'art de combat que l'on pratique, au combat, il faut utiliser "Esquiver le plein et frapper le vide" comme principe élémentaire. En revanche, lors d'un combat, ce qui est vide se transforme en plein et se qui est plein redevient vide, le vide et le plein alternant et se succédant en permanence : Lorsque l'on attaque une partie vide de l'adversaire, on l'oblige à bouger et celle-ci devient pleine. Suivant le même principe, en s'attaquant à sa partie pleine, celle-ci deviendra vide. C'est pourquoi, le principe utilisé en dachengquan est celui dit de "frapper le plein, pas le vide", car finalement, il revient au même que le premier principe évoqué.





Wang xuanjie en posture "bouclier et lance"




Q : Dans le "traité du dachengquan" (dachengquanlun), le maître Wang xiangzhai parle de "double appui" (shuangzhong). De quoi s'agit-il ?

WXJ : Le double appui est une notion récurrente pour le pratiquant de l'art martial chinois. En peut le séparer en deux problèmes majeurs : le double appui des bras et le double appui des jambes. Le double appui des bras se manifeste lors de l'exercice du tuishou double, lorsque la force est également répartie dans les deux bras. Lors du fali, il sera difficile d'adapter son action aux mouvements adverses.
Le double appui des jambes se manifeste en tuishou ou en combat, lorsque, par exemple, les deux jambes ne se partagent pas le vide et le plein et que le centre de gravité du corps se retrouve entre les deux appuis. La posture est stable mais non vivante et il est difficile de bouger.







Exercice de déplacement mocabu par le maître Wang xuanjie





Q : Certaines personnes semblent très forte en tuishou mais n'arrivent pas à mettre leur capacités en application au combat. A quoi cela est-il du ?

WXJ : Cela est du à une mauvaise compréhension du sens de l'exercice tuishou. Les personnes qui ont ce problème pratiquent le tuishou d'une manière mécanique, en d'autre termes, elles font tuishou pour faire tuishou ! Si l'on pratique cet exercice de cette manière, il n'apporte rien et ne permettra jamais de l'emporter face à un pratiquant de sanshou expérimenté ou même face à une personne qui pratiquerait par ailleurs la boxe ou la lutte !

Q : Les personnes pratiquant la lutte (shuaijiao) ou la boxe peuvent-elles également pratiquer zhanzhuang comme complément ?

WXJ : La boxe et la lutte sont des pratiques exerçant au combat. Le zhanzhuang pratiqué au sein du dachengquan est l'exercice de base d'une boxe chinoise. Si un boxeur ou un lutteur pratique cet exercice, il en retirera des bénéfices certains. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, en leur temps, les lutteurs Zhang kuiyuan et Li ziming, le lutteur et boxeur Bu enfu et d'autres champions étaient venu l'étudier auprès de Wang xiangzhai.







Quelques techniques de duanshou





Q : Certaines personnes disent que le dachengquan n'est autre qu'une synthèse entre le zhanzhuang et la boxe anglaise. Qu'en pensez-vous ?

WXJ : C'est une mauvaise compréhension du dachengquan. Le dachengquan a sa propre méthode d'entrainement et la boxe anglaise possède une autre méthode d'entrainement. Ces deux méthodes sont très différentes et pas vraiment compatible. Le dachengquan inclu certaines frappes issues de la boxe anglaise mais qui possèdent tout de même leur spécificités...


lundi 12 octobre 2009

Interview d'orlando Cani (première partie)


Le texte qui suit est issu d'une traduction, que j'ai effectué à partir d'une interview d'orlando Cani, publiée par Gong Kakutougi plus en juillet 2001. Peu connu en Europe, ce brésilien est le fondateur de la "bioginastica" (biogymnastique), une méthode de développement et d'entretient du corps apparentée au yoga dynamique et basée sur l'imitation animale. Pendant de nombreuses années, il utilisa le nom, plus connu, de ginastica natural (gymnastique naturelle) avant qu'alvaro Romano, un de ses élèves, ne le fasse enregistrer comme "marque déposée", s'en proclamant alors le créateur...

Question : Ou êtes-vous né ?

Orlando Cani : Je suis né dans l'état de Santa Catarina, dans le sud du Brésil, le 29 novembre 1925.

Q : Pouvez-vous nous parler des exercices, mouvements et techniques que vous enseignez ? De quoi s'agit-il ? A quoi ça sert ? Est-ce différent du yoga ? Les avez-vous développé vous même ou bien vous ont-ils été enseigné par des maîtres ?

O C : Je suis diplomé de l'université en éducation physique, spécialisé dans le yoga. Lorsque j'était adolescent, j'avais démarré l'étude des arts martiaux : jiujitsu, judo et capoeira. A l'age de 20 ans, j'ai pratiqué le jiujitsu sous la direction d'helio Gracie et le judo avec le maître japonais Ogino, récemment arrivé du Japon et qui ne parlait pas un mot de portugais à l'époque. Ogino est très connu au Brésil et il doit bien avoir 85 ans aujourd'hui. Je crois qu'il est 10e dan de judo. J'ai également essayé le karate pendant un moment. Après ça, j'ai commencé à pratiquer la gymnastique et la natation. J'ai remporté le championnat de Rio de gym et natation olympique et j'ai commencé à enseigner ces disciplines. A 21 ans, j'était parachutiste dans l'armée et j'ai commencé à pratiquer le pentathlon en fédération militaire, j'ai remporté le championnat du monde 2 fois. J'adorait le sport !

Lorsque j'avais 29 ans, j'ai découvert le kalaripayat, art martial dont le nom signifie "champs de bataille". C'est un art très ancien, vieux de plus de 2000 ans, et il est toujours pratiqué dans deux monastères en Inde, l'un au nord et l'autre au sud du pays. On y enseigne également une technique de massage particulière que j'ai cherché à apprendre dans des livres et que j'ai commencé à appliquer sur des athlètes. C'est basé sur des pressions de doigts, un peu comme le shiatsu, on presse les tendons et les muscles pour libérer l'energie accumulée pendant l'entrainement. Je l'applique avant et après l'entrainement pour libérer les tensions qui se sont accumulées localement.





Le kalaripayat, pratique guerrière et spirituelle ancestrale (2e siècle av J.C)




Avec le kalaripayat, j'ai découvert le taiji. Ce fut un coup de foudre pour le kalaripayat et j'ai tout abandonné pour m'y consacrer. Puis j'ai compris que l'expression corporelle était essentielle dans la vie de tous les jours. Tout ce que l'ont fait y est relaté. Lorsque nous sourions, c'est une expression corporelle. Ce n'est pas ce que pensent les gens, du genre "maintenant imaginez que vous êtes un arbre, et maintenant un rocher..." L'expression corporelle, c'est le mouvement spontané et naturel. Les animaux y sont en permanence et l'être humain, lorsqu'il travail, l'est aussi. Donc, la danse est arrivée ainsi dans ma vie. Je n'ai pas été la rechercher dans une académie mais plutot, j'ai commencé à étudier les mouvements de danse et de leur trouver des similarités avec l'art martial. L'art martial, en essence, c'est une chorégraphie, une danse, l'expression de mouvements. On peut les exécuter pour attaquer ou pour se défendre ou pour donner du plaisir à celui qui les pratique en ressentant un bien être physique ou psychique.

Avec la base du yoga, j'ai compris que l'extension et la fléxibilité sont deux des principes les plus important de l'art martial. L'essentiels de ces principes sont issues du yoga.

Donc, ensuite, j'ai commencé à mélanger la fléxibilité, l'extension, le yoga, le taiji, le kalaripayat, la danse, l'expression corporelle et j'ai commencé à rechercher le mouvement du corps. C'était il y a 33 ans. De cette synthèse, j'ai développé mon propre système, conu sous le nom de système Cani, biogymnastique ou gymnastique naturelle, la dernière n'étant, en fait, qu'une petite partie de mon système.




Démonstration et explications d'orlando Cani dans son académie



Avec la biogymnastique, je suis capable d'entrainer un sportif de n'importe quelle discipline. J'ai même quelques acteurs qui viennent prendre des leçons chez moi. J'adapte mes cours en fonction de l'élève. Si c'est un combattant, je travaillerai plus sur les besoins primaires, le système psychomoteur, le développement de l'explosivité et de la rapidité par la fléxibilité et l'extension. Je lui donnerai la concentration et la relaxation. La base de mon système est la respiration.
...

Avant le jeux olympiques en 1996, j'ai travaillé deux années avec le coach de l'équipe de volley féminine du Brésil Bernardinho et avec l'équipe du Brésil. Avant les jeux olympiques de Sydney, j'ai préparé shelda Adriana, 4 fois championne du monde de beach volley et médaille d'argent à Sydney. Para Guilherme, champion du monde de beach volley, s'est aussi entrainé sous ma direction.



Orlando Cani, à l'age de 72 ans



Q : Quel genre d'exercice donnez-vous aux pratiquants d'arts martiaux ?

O C : J'ai développé des séries basées sur l'instinct animal. Le tigre, le singe, le serpent, l'aigle essentiellement. Il n'est pas necéssaire d'utiliser tous les animaux, mais les félins sont particulièrement intéressant à étudier car ils utilisent leurs quatres pattes, comme l'homme dans l'art martial. Nous développons l'instinct, le regard et les sensations liées à la respiration, laquelle est naturelle chez l'animal mais pas chez l'homme. L'animal, lui, utilise sa fléxibilité d'une manière naturelle. J'applique également des massages avant les exercices, de manière à libérer l'énergie qui est accumulée dans le corps, ce qui permet, par la suite, à l'athlète de bouger d'une manière spontanée. Je m'efforce de faire développer à l'athlète son instinct animal au travers des mouvements d'animaux. Le combattant utilise alors les mouvements d'animaux, non pas pour les imiter, mais plutot pour apprendre à ressentir comme un animal. C'est la façon que j'ai de développer la créativité d'un combattant. Lorsqu'il combat, il doit le faire d'une manière naturelle, spontanée et créative : Ainsi, il pourra surprendre son adversaire. La concentration est un point crucial en combat. A chaque fois qu'un combattant pense à ce qu'il doit faire, il perd du temps et de la concentration et, finallement, diminue sa créativité. Mais, encore plus que cela, le processus de réflexion dans un combat va engendrer des tensions physiques. Ce processus peut stresser le combattant, lui faisant produire trop d'adrénaline et, finalement, perdre de l'énergie. J'essaie d'équilibrer les émotions d'un combattant, de lui faire respirer correctement de façon à ce qu'il puisse trouver cet équilibre entre ses énergies physiques et émotionnelles, se concentrant alors uniquement sur le combat. J'aime expliquer aux athlètes ce processus en détails, de façon à ce qu'ils comprennent ce que nous faisons.


(A suivre...)

mardi 6 octobre 2009

Yangsheng : L'art de nourrir le principe vital (deuxième partie)


A partir de la dynastie Song, les textes sur l'alchimie taoïste parlent du yangsheng comme d'un travail d'entretient mutuel du xing et du ming (xingming shuangxiu / 性命双修 ).

Dans son ouvrage "Traité d'alchimie et de physiologie taoïste", dont le contenu majeur est une traduction du "Weisheng shenglixue mingzhi" (Explications claires sur la physiologie et l'hygiène) de Zhao bichen, catherine Despeux nous éclaire sur les notions de xing et de ming :

"Le caractère xing est formé de la vie (sheng) et de la clef du coeur. Il désigne la nature propre, l'essence de l'être. Le ming est le destin que le ciel a fixé pour l'homme, le lot de vie qui lui est alloué à la naissance, c'est aussi l'être considéré dans l'espace et le temps. On pourrait ici reprendre la terminologie de Heiddeger et traduire ces deux termes par l'être et l'étant. Selon Granet, le xing est la manifestation verticale de l'individu, et le ming sa manifestation horizontale dans l'espace."




Xingming guizhi, naissance de l'embryon





Dans le "Recueil des principes essentiels sur le xing et le ming" (xingming guizhi), ouvrage taoïste datant du 17e siècle, il est dit (traduction catherine Despeux) : "Corps, esprit et pensée forment les trois familles. Lorsqu'elles se rencontrent, l'embryon est parachevé. Essence, souffle et énergie spirituelle sont les trois origines. Lorsqu'elles retournent à l'un, le cinabre est accompli. Pour ramener les trois à l'un, il faut être dans la quiétude et l'esprit vide."




Mi jingke, posture bouclier et lance



Mi jingke, une disciple de Wang xiangzhai, parle dans son ouvrage "Dachengquan shiyong xueshuo" de l'importance de "l'oublie de soi" et de "l'entrée en quiétude" pour que la pratique soit bénéfique - deux expressions issues du bouddhisme chan - ce qui n'est sans rappeler les nombreux liens existant entre les deux courants religieux à travers l'histoire de la Chine : L'idée "d'embryon" taoïste existe également dans le bouddhisme chan dès le 8e siècle de notre ère sous le nom "d'embryon saint" et le xingming guizhi le rapproche de la notion de Dharmakaya, la nature de bouddha que chacun possède en soi.

Le zhanzhuanggong thérapeutique, lui, a été développé dans les années 50 par Wang xiangzhai et certains de ses disciples, en collaboration avec plusieurs hôpitaux et instituts de recherche en médecine, notamment les instituts de recherche en médecine de la ville de pékin et de la province du Hebei.




Wang yufang, enseignant le zhanzhuang à une personne paraplégique





Des résultats très positifs sur de nombreuses affections avaient été constaté après une pratique régulière du zhanzhuang. Entre autres, des cas d'hypertension artérielle, d'hépatite chronique, d'hémiplégie, de polyarthrite ou bien encore de neurasthénie et autre affections psychiques avaient, à l'époque, été traité par le zhanzhuang et suivi dans les différentes étapes de la pratique par des médecins et chercheurs. Une amélioration de l'état de santé général, souvent caractérisé par un retour de l'appétit et du sommeil fut constaté lors des premières semaines, voir des premiers jours. Une action sur la production de globules blancs par l'organisme fut également constaté (augmentation de la production ou diminution et stabilisation, selon les cas).

Madame Wang yufang, fille cadette de Wang xiangzhai, publia de nombreux ouvrages sur le sujet, "yiliao tiyu huibian, hunyuan jianshen fa" (Recueil de textes médicaux et sportifs, méthode de renforcement corporel du chaos primordial) est le plus complet. On y trouve les différents écrits et méthodes d'entrainement de son père ainsi que ses propres écrits, dont les "31 postures du yiquan", qui est une version plus complète des 24 postures standardisées par Wang xiangzhai et Yu yongnian.






Conférence de Wang yufang sur le zhanzhuanggong




La pratique du yangsheng dans le yiquan / dachengquan fut donc orienté vers une utilisation en tant que méthode de recouvrement de la santé. Son fondement étant "l'entretient du principe vital" (yangsheng), que l'on retrouve parfois dans certains textes moderne sous l'expression "protéger le principe vital" (weisheng).

Mais, dans son ouvrage "shenyiquan, yangshenggong" (la boxe de l'intension divine, travail d'entretenir le principe vital, le maître Li jianyu, disciple direct de Wang xiangzhai, explique que le zhanzhuang est une pratique de recherche du mouvement dans l'immobilité, prenant naissance dans l'esprit et ayant des répercussion, tout d'abord, sur le corps puis, par la suite, jusqu'à l'extérieur du corps.

Ce qui nous rappelle l'origine du yangshenggong, bien plus qu'une pratique de santé...