mardi 29 avril 2008

A la recherche des origines (fin)


Dans l'école xinyi, qui fut à l'origine du yiquan, la méthode permettant de réunir l'intérieur et l'exterieur est figuré par la théorie des six harmonies ou six coordinations (liuhe). Une autre école de boxe base son enseignement sur cette notion, le liuhebafaquan, également appelé xinyi du mont Yue, en référence à son origine géographique. Un des plus grands spécialiste de cette boxe fut le maître Wu yihui, que Wang xiangzhai rencontra à Shanghai et de qui il était un grand admirateur. Quelques uns des premiers disciples du Yiquan devinrent, d'ailleurs, également disciples de cette école, notamment Zhang changxin et Han xingqiao





Zhang changxin dans une forme de la boxe liuhebafa, également nommée boxe de l'eau




Ces six harmonies se divisent en trois harmonies internes et trois harmonies externes.
Le coeur (xin) dirige l'intention (yi) qui dirige l'énergie (qi), laquelle dirige la force (li), constituant ainsi trois harmonies internes.

Pour ce qui est des trois harmonies externes, elles sont souvent cités comme étant poignets-chevilles, coudes-genous et épaules-hanches.
Mais cette théorie n'aide alors pas le pratiquant dans sa réalisation puisque n'importe quel mouvement doit être issu d'une juste coordination entre ces différents segments du corps.

Or, comme nous l'avons vu dans la première partie de ce texte, au regard des différentes pratiques que sont la posture du singe du xinyiliuhe et la posture des trois ensembles du xingyi, ancêtres des postures du yiquan, nous pouvons apporter une correction à cette théorie. Les "trois courbes" dont parle le xinyiliuhe seraient trois articulations majeures de l'ensemble du corps, celles qui relient les trois "blocs" ou trois ensembles (santi) évoquées dans le xingyi. Ces trois courbes seraient l'articulation du bassin (courbure lombaire), l'articulation vertébrale (courbure dorsale) et l'articulation sternale (courbure sternum-épaules). Une juste coordination de ces trois courbures permettant une utilisation effective des muscles profonds, lesquels se trouvent proche de la colonne vertébrale...


Ces trois articulations sont utilisées pour produire la force naturelle dans les six directions : haut-bas, avant-arrière, fermeture-ouverture. Ces six directions étaient techniquement représentées, dans l'ancien xinyi, par les trois poings antiques : Zuan (percer), guo (envelopper) et jian (piétiner). Wang xiangzhai en parle dans son premier ouvrage en expliquant que ces trois forces doivent être rassemblées en une.

Mis à part les six harmonies, considérées comme "la méthode" de réalisation des boxes xinyi et xingyi, l'enseignement de Wang xiangzhai s'appuie sur la théorie du yin et du yang.


Les postures de "se pencher sur le tigre" (fuhuzhuang) et "chevaucher le dragon" (xianglongzhuang) tirent leur noms d'expressions ésotériques taoïstes.



Tigre et dragon représentant le yin et le yang



Dans la tradition chinoise, tigre et dragon sont les représentations des énergies yin et yang. Le dragon est mythique, il évoque l'imagination et le fabuleux, il vole et virevolte dans l'eau et dans les airs, il évoque le ciel. Sa force est subtile, c'est la force du yang pur. Le tigre, lui, est un animal bien réel, son térritoire est la terre ferme, il évoque le sol. Simple et direct, sa force est naturelle et brutale, c'est la force du yin pur.

Chez l'homme, le yang représente le développement spirituel, alors que le yin représente les instincts bas et primaires. "Se pencher sur le tigre" (fuhu) afin de le maîtriser évoque alors l'idée de maîtriser ses instincts vils. "Chevaucher le dragon" (xianglong) évoquant l'idée d'une réalisation spirituelle.



Fuhuzhuang par le maître Li jianyu



Les deux postures que sont celles du tigre et du dragon permettent de développer des capacités martiales attribuées au yin et au yang : La force naturelle directe et puissante pour celle du tigre, la souplesse et l'adaptabilité pour celle du dragon.





Xianglongzhuang par le maître Li jianyu




Wang xiangzhai developpa ces deux type des "vitalité" au début de son enseignement, dans les années vingt. Il parlait alors des deux énergies que sont celle du tigre et du dragon...




lundi 28 avril 2008

A la recherche des origines (suite)

Selon Wang xiangzhai dans l'interview qu'il donna au quotidien du peuple, le caractère chinois désignant la boxe prendrait tout son sens dans l'expression chinoise "quanquan fuying" (拳拳服膺) qui signifie "avoir une confiance sincère" ou "garder sincèrement dans son coeur".

Dans cette expression, quanquan ( 拳拳) symbolise l'action de fermer le ou les poings et désigne l'idée de la sincérité, de la détermination. Fuying (服膺) symbolise l'idée d'envelopper dans sa poitrine, de garder dans son coeur.

Une autre traduction de cette même expression, au sens beaucoup plus littérale, serait "la véritable boxe se trouve dans notre coeur", ce qui traduit l'idée que l'art martial ne doit pas s'attacher à la forme extérieure mais plutot à l'intention qui l'anime.




Calligraphie de 7 expressions traditionnelles par Wang xiangzhai






Une célèbre calligraphie du fondateur du dachengquan cite sept expressions traditionnelles qui lui tenaient particulièrement à coeur :

Zhongxiao ren'ai (忠孝仁爱), Xinyi heping ( 信义和平), Quanquan fuying (拳拳服膺), Yiquan zhengzong ( 意拳正宗), Duanlian shenti (锻炼身体), Hongyang guocui (弘扬国粹), Zhenxing zhonghua ( 振兴中华).

La traduction de ces phrases en 4 caractères pourrait être la suivante :

Respecter les anciens et se montrer charitable, être loyale et pacifique, être sincère dans son coeur, (telle est) l'école orthodoxe (ancestrale) du yiquan, (qui permet de ) forger (entrainer) son corps, (pour que) le meilleur du pays se développe et s'étende, (afin de) revivifier la nation chinoise.

"Etre sincère en son coeur" (quanquan fuying) est une qualité humaine dépassant de loin la pratique de l'art martial. Et pourtant, cette expression, prise à un sens plus figuré, n'est autre que l'enseignement de Wang xiangzhai quand à l'utilisation de l'intention au sein de la pratique.

Le caractère désignant l'intention en chinois, figure un homme debout (entre ciel et sol) sur une bouche, le tout reposant sur un coeur. Sa signification ancienne étant la possibilité qu'à l'homme de formuler (représenté par la bouche) le matériel et l'immatériel (homme entre ciel et sol) de manière affective (le coeur).



Le caractère Yi dans sa représentation ancienne (calligraphie de l'auteur)



Le fondateur du yiquan / dachengquan avait pour habitude de dire que l'intention était le général et la force son soldat.

Ainsi l'intention (Yi) vient du coeur (Xin) et commande l'énergie (Qi), qui dirige la force (Li).

Ceci correspond aux trois autres des six harmonies (liuhe), soit les trois harmonies internes.

dimanche 27 avril 2008

La vie d'un grand maître : Wang peisheng (première partie)


Le texte qui va suivre est une traduction personnelle de la biographie du grand maître Wang peisheng. Elle fut écrite par son disciple Zhang yun en hommage à son défunt maître. Wang peisheng était le chef de file de l'école Wu de taijiquan, parfois également appelé Wudang taijiquan, pour tout le nord de la Chine. Il s'éteignit le 3 septembre 2004 à l'age de 85 ans des suites de complications à une maladie cardiaque. Son décès devait marquer la fin d'une époque car Wang peisheng fut le plus jeune maître d'une génération considérée comme ayant vécue l'age d'or de l'art martial en Chine. Cette génération devait donc disparaitre avec lui. Il fut, en quelques sortes, un pont entre une époque ancienne et celle, moderne, d'aujourd'hui...



Le maître Wang peisheng (1919 - 2004)





Wang peisheng est né le 24 mars 1919 dans le conté de Wuqing, province du Hebei. Lorsqu'il eu six ans, sa famille déménagea pour Pékin dans une ruelle des quartiers est de la ville. Il fut un amoureux de l'art martial dès son plus jeune age. Enfant, il aimait déjà à se prendre pour un chevalier des contes traditionnels. Il y avait une famille d'accrobate vivant près de chez eux et le fils de cette famille lui enseigna quelques rudiments des arts martiaux et de l'accrobatie. Le jeune Wang pratiquait assiduement et appris vite. Il fini même par être capable d'accomplir une trentaine de saut de main arrière d'un coup sur une petite table !

A l'age de douze ans, lui arriva ce qui sera l'évènement de sa vie, la chance croisa son chemin. A cette époque, dans le nord de la Chine, les demeures traditionnelles familliales étaient les cours carrées (siheyuan) et la famille de Wang peisheng en partageait une avec d'autres familles. Un jour ou il s'entrainait au maniement de la lance dans l'entrée de la cour, ses exercices faisait parfois sortir la lance jusqu'à l'extérieur de la maison par l'entrée principale et, dans un moment d'inattention, il envoya celle-ci en direction d'un vieux monsieur qui passait par là. Le vieillard attrapa la lance et lui retira des main, alors qu'elle lui arrivait droit vers la gorge. Il était très en colère et commença à hurler après l'enfant. Un voisin qui connaissait bien le vieil homme arriva alors, attiré par les cris et tenta de calmer l'affaire. Il expliqua alors que l'enfant adorait les arts martiaux et qu'il pratiquait ces exercices avec beaucoup d'application tous les jours. En fait, dit-il au vieil homme, vous qui êtes un grand maître de l'art martial, vous pourriez peut-être enseigner quelque chose au jeune garçon. Le vieux monsieur se calma quelque peu et demanda à Wang peisheng de lui montrer son gongfu, ce qu'il s'efforça de faire du mieux qu'il le pouvait. Le vieillard accepta alors de le prendre comme disciple.






"Cour carrée" (siheyuan) des ruelles de Pékin





Des années plus tard, maitre Wang dit : " A ce moment, je ne savais rien de ce vieil homme et la seule chose que je me demandais fut quelle école de boxe il allait m'enseigner. Mais mon voisin était très agité, il me dit alors : "Tu as beaucoup de chance, va prévenir tes parents sur le champs. Va leur dire de préparer une cérémonie d'acceptation comme disciple du maitre Ma gui."
"Je ne comprenais toujours pas combien c'était important. Mais mon père pratiquait un peu l'art martial et il fut abasourdi. Il me dit qu'il n'arrivait pas à y croire et sortit en courant pour saluer maître Ma. Lorsqu'il lui demanda pour la cérémonie, maître Ma dit qu'il ne voulait pas faire une grande fête, il lui dit que l'on pouvait même faire la prosternation sur le champs. Selon la tradition, nous avons alors fait bruler de l'encens et je lui ai fait le koutou (prosternation à genoux en touchant trois fois le sol avec la tête).

Evidemment, Ma gui était un des maîtres les plus réputés de l'époque, il avait étudié avec Yin fu dès son plus jeune age. Dong haichuan (fondateur du baguazhang), le maître de Yin fu, aimait aussi beaucoup Ma, le jeune prodige, et lui enseigna également son savoir directement. Lorsque Dong haichuan pris sa retraite et quitta le palais impérial, il alla s'installer chez Ma gui. Pour cette raison, Ma gui était très respecté dans le milieu des arts martiaux de l'époque, même par les maîtres renommés de la génération de son professeur.







Yin fu, le premier disciple de Dong haichuan



Ma était connu pour s'entrainer avec des anneaux de fer de 5 kilos à chaque poignet. A l'age de vingt ans, il était déjà un grand combattant et, comme il refusait rarement un combat, il avait défait de nombreux experts. Lorsqu'il travaillait pour le duc de Lan, celui-ci se reposait énormément sur lui et plus tard, il devint instructeur du prince royal. Après la chutte de l'empire et la proclamation de la première république, il travailla au bureau du président et huit années après, il devint instructeur principal à l'académie de police nationale.







Le maitre Xie peiqi démontrant le baguazhang de Yin fu. Parmis ses maîtres, on retrouve Ma gui qui lui enseigna la forme du crabe. Dong haichuan l'aurait créé spécialement pour Ma, en raison de sa petite taille et de sa corpulence





Ma était très conservateur et ne divulgait pas beaucoup d'informations à ses élèves. Il avait de nombreux élèves mais tous, y compris son propre fils, n'avaient appris que des généralités et la base de son école. Il avait des exigences très élevées et, pour lui, un haut niveau ne devait être enseigné qu'à une personne de rare intelligence, de rare talent, doté d'une personnalité forte et d'une grande éthique de travail. De tous ses élèves, plusieurs étaient talentueux mais seul maître Wang peisheng devint réputé. On peut se demander aujourd'hui pourquoi Ma gui changea subittement sa façon d'opérer. Ce maître, alors bien agé, d'une telle réputation et qui n'avait toujours pas de successeur, vit certainement dans le jeune Wang une chance soudaine de transmettre toutes ses connaissances.


(A suivre...)

jeudi 24 avril 2008

A la recherche des origines (première partie)

Dans l'établissement de son enseignement et tout au long de sa vie, Wang xiangzhai a été en constante recherche du savoir faire des ancètres qui créèrent l'art martial chinois. Il a étudié sans relache afin de comprendre quelles furent les connaissances des anciens, qui sont considérées en Chine comme bien supérieures à celles du monde contemporain.

Bien plus qu'un grand artiste martial, Wang xiangzhai était un grand historien et théoricien de l'art et de la tradition chinoise.

Nombreuses expressions et nombreux termes utilisés dans son enseignement son issues des connaissances ancestrales disparues qu'il remis au gout du jour :





Wang xiangzhai, grand maître, historien et théoricien de l'art martial






La posture sur une jambe est bien connue de ceux qui pratiquent l'école de Wang xiangzhai. Elle est appelée ziwuzhuang ou bien dulizhuang, ce dernier nom faisant référence à la forme traditionnelle du "coq d'or se tenant sur une patte" (jingji duli) que l'on retrouve en taijiquan. Ziwuzhuang, la posture du méridien ou "posture midi-minuit" est une "posture miroir" : un bras et une jambe opposés font connection avec le ciel et le sol, les deux autres se rejoingnent au centre.




Posture ziwuzhuang du yiquan par Li jianyu






Or, dans l'ouvrage "Tout sur l'art du xingyiquan" (Xingyiquan shu daquan) écrit par un groupe d'experts de cette école, on peut lire ce passage sur la pratique du zhanzhuang :

"Le travail des postures du xingyiquan, à l'époque de l'ancien xinyiquan, se nommait "posture du méridien" (ziwuzhuang) ou encore "posture des trois ensembles" (sancaishi).

Le terme ziwuzhuang fait référence aux caractère zi, qui désigne minuit, moment ou le yin est à son maximum et au caractère wu, qui désigne midi, moment ou le yang est à son maximum. L'importance de cette posture étant indiqué par le temps suggéré de pratique : "de midi à minuit" !
De plus, dans la tradition chinoise, midi fait référence au sud (le midi) et au feu, alors que minuit fait référence au nord et à l'eau. Lors de la pratique, il convient, en principe de pratiquer face vers le sud, en correspondance avec le midi (wu) et dos vers le nord, en correspondance avec la minuit (zi), tout en cherchant à méler eau et feu avec l'intention...
...Dans l'ancien xinyiquan, la méthode de ziwuzhuang passe par deux étapes. Lors de la première étape, on pratique l'emmagasinement du qi dans le dantian grace à la posture du singe, également appelé "s'accroupir comme un singe" (dunhouzhuang). Lors de la deuxième étape, on apprend à "faire jaillir du dantian" (shedantian). Cette pratique consiste en une technique de déplacement vers l'avant accompagnée du "son du tonnerre" (leisheng, le nom donné à l'émission du son dans l'ancien xinyi), qui permettent de faire sortir le qi hors du dantian. Dai longbang et son fils attachaient tout deux beaucoup d'importance au travail du dantian."





"Se tenir accroupi tel un singe" par le maître de xinyiliuhequan Wang yinghai



Cette posture du singe ainsi que le jaillisement du dantian sont, encore de nos jours, pratiqués dans le style de xinyi de la famille Dai comme la base de leur neigong et il existe une analogie certaine entre cet exercice et la marche mocabu de Wang xiangzhai. Le but de l'exercice de "Se tenir accroupi tel un singe" étant de relier "les trois courbes" du corps.





La marche du xinyi "faire jaillir du dantian" suivi de la marche du yiquan mocabu






Dans le xingyiquan, que Li luoneng créa sur la base de cette dernière école, le travail de la posture santishi vint remplacer celui de la posture du singe. Santishi signifiant "la posture des trois parties du corps". Li luoneng et Guo yunshen en firent l'apprentissage de base de leur enseignement.




Jiang rongqiao dans la posture santishi




La liaison des trois ensembles corporels (santi) que sont les jambes, le tronc et les bras, passe par trois articulations majeures, désignées dans le style Dai de xinyiquan comme "les trois courbes".

Ces trois ensembles unifiés correspondent à trois des six harmonies (liuhe) : les trois harmonies externes.



(A suivre...)

mercredi 23 avril 2008

L'équilibre des forces dans le corps

La pratique du zhanzhuang pour le bien-être fut développé par Wang xiangzhai à partir des années 60, lorsqu'il travailla en collaboration avec des chercheurs de l'hopital de Baoding.

Les principes du zhanzhuang pour la santé consiste en une sollicitation naturelle des activités cérébrale et cardiaque au sein de postures statiques. Ces deux systèmes sont regroupés autour d'un même concept en médecine traditionnelle chinoise, puisque le caractère du coeur (xin) peut aussi bien désigner l'organe en lui même que l'activité spirituelle (esprit). D'ailleurs, sa représentation ancienne, peut aussi bien être celle du coeur que de l'encéphale : tout deux possèdent un reservoir central, deux ventricules, une enveloppe et le sens d'écoulement figuré par une sorte de queue vers le bas peut aussi bien représenter une artère qu'un nerf moteur...





La représentation ancienne du caractère Xin (calligraphie de l'auteur)




La stimulation simultanée du coeur et de l'encéphale passe avant tout par l'activation de l'intention (le yi) au travers de différentes visualisations. L'intention entretient une étroite relation avec l'esprit (le shen). Cette relation entre intention (yi) et esprit (shen) est assez difficile à cerner, à ce propos, Wang xiangzhai, dans l'un de ses ouvrages, nous éclaire en ces termes :

« Pour bien comprendre la phrase "l’esprit est détendu et l’intention est tendue.", il faut d’abord connaître la différence entre esprit et intention :


L’esprit réagit en premier à une stimulation extérieure. Par exemple, si l’on est surpris et que l’on sursaute, c’est un mouvement du à une stimulation de l’esprit.
L’intention, réagit en second et correspond, par exemple, à le réaction de réponse à cette stimulation extérieure.
On peut dire que l’esprit est la racine de la réaction et que l’intention contient la possibilité de réaction appropriée.

Lorsqu’on dit l’esprit est détendu, cela correspond à une décontraction totale du corps. Elle agit sur les muscles, le système pileux (les pores) et le système sanguin qui n’ont alors plus de barrière nerveuse les empêchant de s’exprimer.

L’intention est tendu, signifie qu’elle est au commande du Qi, ce qui a pour effet d’augmenter le flux sanguin. »




Wang xiangzhai, pratique du zhanzhuang avec l'esprit détendu et le sourire




Selon He jingping, disciple de Wang xiangzhai, le zhanzhuang est une méthode qui permet de rétablir les différents déséquilibres corporels. Son maître avait dit à ce sujet que l'apparition d'une maladie est due à une "perte d'équilibre" d'un organe dans sa fonction. Il disait également à ce propos que ce principe était semblable à un autre principe de l'art martial : "faire voler" un adversaire en le projetant en arrière n'est possible que si son équilibre à d'abord été rompu !

La maladie ne s'installe donc que si la fonction d'un organe n'est plus équilibré.

Wang xiangzhai disait également qu'il n'existe pas d'équilibre absolu mais une possibilité de controler son équilibre à un moment donné.

Cette notion d'équilibre et de déséquilibre des organes et de leurs fonctions tend à rejoindre les théories utilisées par l'ostéopathie et la chiropraxie, lesquelles sont intimement liées à la posturologie...



Relations entre les différents organes et le système nerveux autonome, matérialisé par la colonne vertébrale





Dans son ouvrage "xiquan yi de", Wang xiangzhai écrivait :

«Dans l’art martial, la santé est primordiale. Ensuite vient l’autodéfense.

La pratique du zhanzhuang peut aider nombreuses personnes soufrant de maladies chroniques et qui ne parviennent pas à se faire traiter de manière correcte par la médecine classique. Grâce aux exercices, on peut parvenir à rester valide et apte à travailler jusqu’à un age avancé. C’est une des valeur de l’art martial. Ce genre d’exercice peut être décrit comme une façon de « se reposer en s’entraînant ou de s’entraîner pendant le repos ».





Pratique du zhanzhuang pour "l'équilibrage des forces corporelles"





Il y écrivait également que :

« Ce genre d’exercice est très facile à apprendre. Rien qu’en le voyant faire, on peut déjà en connaître les grandes lignes. Les résultats viennent aussi très rapidement. Mais il ne faut pas trop « forcer » mentalement ou physiquement. De la sorte, on peut développer de bonnes habitudes, utiles dans la vie courante car permettant d’agir de manière plus efficace. Cet exercice est bon pour le corps et pour l’esprit. En revanche, en recherchant des mouvements complexes ainsi que la force, on n’obtiendra aucun résultat. »

Ne pas forcer mentalement ou physiquement correspondant au principe cité plus haut de "rétablir l'équilibre corporel"...

mardi 22 avril 2008

L'histoire du xingyiquan et du xinyiquan (suite et fin)


Nous avons vu précédemment qu'il était improbable que Damo (boddhidharma) eu un lien réel avec le xingyiquan ou le xinyiquan. Or, attribuer l’origine de ces boxes au général Yue Fei est tout aussi incertain. Ce personnage est extrêmement connu du peuple chinois pour les exploits qu’il réalisa ainsi que pour son dévouement à son pays. Plusieurs faits, relatifs à l’art martial lui sont attribués :

Le général de l’armée des Song du sud aurait compilé certaines techniques de travail du souffle taoïstes pour mettre au point une série d’exercices connues aujourd’hui sous le nom de « huit pièces de brocard », en référence aux huit morceaux de soie sur lesquels sont imprimées les mouvements.
Yu Fei serait à l’origine de la boxe dite « séparation des mains des descendants de Yue ».
Ce héros national aurait mis au point cinq techniques de lance sur la base du mouvement des cinq éléments (Wuxing) : bois, feu, terre, métal, eau.



Célèbre calligraphie de Yue fei et message aux envahisseurs : "rendez moi mon territoire"



C’est sur ce dernier point que l’on peut trouver une légitimité à la paternité du Xingyiquan qui lui est attribuée.
Yue Fei fut un grand expert dans le maniement de la lance, dont il aurait également développé une forme particulière dite « à un crochet ». Il est, d’ailleurs, très souvent représenté la lance à la main.
Ces cinq techniques de lance pourrait, en effet, être à l’origine des cinq techniques de poing du Xingyi (五行拳).

Pourtant, c’est le personnage de Ji Longfeng (Ji Jike) qui semble le plus probable créateur de la boxe Xinyi. Plusieurs faits légendaires sont à prendre en considération quant à l’histoire de ce mystérieux personnage :

Ji Longfeng fut connu et redouté pour sa dextérité dans le maniement de la lance.
Il aurait étudié un étrange manuel, attribué à Yue Fei.
Selon certaines sources, Ji aurait séjourné au monastère de Shaolin.

Huang Xinming, dans son article intitulé « La transmission de Ji Jike », nous explique que Ji aurait séjourné au monastère de Shaolin pendant 10 ans. Durant cette période, il aurait étudié l’art du Xinyiba (心意把), qui demeure encore de nos jours une transmission secrète du monastère de la petite forêt.

Dans un autre article intitulé « Enquête sur les origines de l’école de boxe Xinyiliuhequan », monsieur Huang, nous explique la scission du style originel en deux écoles.
« La seconde génération de cette école de boxe se divise en deux courants : L’école Xinyiquan du Henan et l’école Xinyiquan du Shanxi. Egalement dénommées école du nord et du sud, le courant du Henan est dirigé par Ma Xueli alors que le courant du Shanxi est dirigé par Dai Longbang.
La troisième génération de cette école de boxe est appelée Xingyiquan (形意拳).
Cette école fut fondée sur la base du Xinyiliuhequan. Le maître de boxe qui en est à l’origine n’est ni Yue Fei, ni Dai Longbang. C’est Li Luoneng qui créa ce style, d’après les techniques qu’il avait apprise au Shanxi, où il se rendit entre 1840 et 1850 afin d’étudier l’école de Dai Longbang. Chronologiquement, Li Luoneng n’a pas pu suivre l’enseignement de Dai Longbang en personne (Dai Longbang, né aux alentours de 1720, serait mort en 1809). »
Ce serait son fils Dai Wenxun qui aurait enseigné à Li l’art familliale. Le changement du caractère Xin en Xing aurait pour origine le fait qu’au Shanxi la prononciation de ces deux caractères est identique. Li luoneng, originaire du Hebei, aurait donc interprété le nom Xinyiquan différemment, la transmission se faisant oralement.



Démonstration de xinyiquan par les descendants de la famille Dai



Li Luoneng est pratiquement toujours cité comme un disciple direct de Dai Longbang.
Sun Lutang, dans son ouvrage intitulé « Véritable description du sens de la boxe », nous expose sa version de l’apprentissage de Li Luoneng :

« Monsieur Li Feifu, connu sous les nom de Nengran et de Luoneng, se rendit à Taigu, province du Shanxi, pour affaires. Il était passionné par l’art martial. A Taigu, il entendit parler de Dai Longbang, qui excellait dans l’art du Xingyiquan, et décida de lui rendre visite. Lorsque la rencontre eu lieu, Li fut surpris par les bonnes manières, très raffinées, de Dai. Ce qu’il ne comprenait pas venant d’une personne censée exceller dans l’art martial. Il décida alors de s’en aller. Ce n’est que plus tard que Li Luoneng devint disciple de Dai Longbang, après une cérémonie officielle d’acceptation. »

Les pratiquants actuels de la province du Shanxi considèrent Dai Wenxun, le second fils de Dai Longbang (Dai Erlü), comme le maître véritable de Li Luoneng. Cette version de l’histoire, plus envisageable d’un point de vue chronologique, nous est confirmé de manière écrite par le texte figurant sur la stèle funéraire du maître Che Yizhai, disciple de Li Luoneng ( Cette stèle est toujours visible dans la ville de Taigu, province du Shanxi) :

« L’art martial est l’art majeure de la Chine et se divise en école interne, externe et de Shaolin. Cet art fut florissant dans notre province sous les règnes des empereurs Xianfeng (1851 – 1861) et Tongzhi (1862 – 1874). Il était pratiqué par les disciples de Wang Changle et Dai Wenxun…Monsieur Dai, surnommé Er Lü, était du comté de Qi. Le Xinyi de la famille Dai, transmis au sein du clan Dai, appartient à la branche externe de Shaolin et fut transmis à l’extérieur de la famille à Li Luoneng. »



Démonstration de xinyiliuhequan par Li zhensi, disciple de Mai jingkui et Lu songgao




Pourquoi Li luoneng aurait-il modifié ce qu'il avait appris pour créer une nouvelle école ? A-t-il vraiment étudié l'intégralité du xinyi de la famille Dai ?

La transmission exclusive au sein d'un clan ou d'une famille se faisait dans le plus grand secret et Li luoneng réussi à passer outre cette barrière en devenant élève de la famille Dai. En revanche, les Dai ne lui ont probablement pas donné le même enseignement mais plutôt les bases de leur pratique, dont il se serait inspiré pour créer son école. L'essentiel de cette boxe ne reposant pas uniquement sur la forme mais également sur l'utilisation de l'intention, l'école de Li luoneng mis d'avantage l'accent sur ce dernier aspect en épurant les techniques.




Démonstration de xingyiquan par Sha guozheng, disciple de Jiang rongqiao




C'est encore dans ce sens que serait allé Guo yunshen lorsqu'il enseigna et c'est sur cette base que serait né le yiquan de Wang xiangzhai.




Démonstration libre de Yiquan par Yao zongxun




Lorsque Wang xiangzhai commença à enseigner, il choisi le nom de Yiquan pour sa boxe, en référence au xinyi / xingyi mais en épurant davantage encore la forme : Il enseignait zhanzhuang, les cinq éléments, les formes et intentions du tigre et du dragon (au lieu des 12 animaux du xingyi ou des dix animaux du xinyi), les six coordinations ainsi que les principes des trois poings antiques (laosanquan). Il s'agissait donc d'une synthèse entre les écoles xingyi et xinyi, soit un retour à leur origine commune.

Dans le nom xinyiquan (boxe de l'intention issue du coeur/esprit), on trouve l'idée de la forme dans le dernier caractère (quan = boxe) et celui de l'intention dans les deux premiers caractères. Dans le nom xingyiquan, l'idée est plus explicite encore : cette boxe (quan) est basée sur la réunion de la forme extérieure (xing) et de l'intention intérieure (yi).

L'idée commune à ces deux écoles étant celle d'une forme de boxe (quan) qui utilise l'intention (yi), d'où le nom commun Yiquan...

L'histoire du Xingyiquan et du xinyiquan (première partie)


L'école de Wang xiangzhai est connue sous les noms de Dachengquan et de Yiquan. Cette dernière dénomination fait référence à la lignée du fondateur, qui fut disciple de Guo yunshen pour le Xingyiquan, une des écoles de boxe des plus pratiquées en Chine.
Généralement reconnue comme une école du Nord, elle est également considérée comme appartenant à la famille interne (ainsi que le Baguazhang et le Taijiquan). Comme toutes les écoles de boxe chinoise, son origine relève du mythe : L’histoire du Xingyiquan remonterait au légendaire général Yue Fei sous la dynastie des Song du sud ( 1127 - 1279) et est intimement lié liuhexinyiquan, aujourd'hui considéré comme une autre école de boxe.

C'est en la personne de Ji Longfeng, connu sous le pseudonyme de Jike, que l’on trouve le véritable patriarche de ces deux écoles aux même origines.

Ji, déjà expert dans le maniement de la lance, aurait découvert un manuel de boxe écrit de la main du général Yue Fei dans un temple des montagnes Zhongnan. Après l’avoir sérieusement étudié, il aurait mis au point le Xinyiquan (心意拳), boxe du cœur et de l’intention. Il aurait ensuite transmis son art à Cao Jiwu du Shanxi, qui l’aurait enseigné à Dai Longbang, également natif du Shanxi. Dai aurait transmis l’école à Li Luoneng du Hebei, qui l’aurait alors enseigné à de nombreux disciples dont Guo Yunshen et Liu Qilan, du Hebei, ainsi que Che Yizhai et Song Shirong, du Henan, pour ne citer que les plus connus.
C’est Li Luoneng qui aurait rebaptisé l’école du nom de Xingyiquan (形意拳), la boxe de la forme et de l’intention.





Ji longfeng, représenté avec sa lance dans une main et le manuel de Yue fei dans l'autre





Cette généalogie est-elle acceptable d’un point de vue historique ? Toutes ces personnalités, dont certains sont aujourd’hui considérés en Chine comme des maîtres légendaires, ont-elles contribué à l’élaboration du Xingyiquan ? Et, cette boxe a-t-elle véritablement été créée par Li Luoneng sur les bases de l’ancien Liuhe Xinyiquan (六合心意拳) ?

Certains anachronismes, mis en évidence par des chercheurs, tendent à démontrer que cette version de l’histoire du Xingyi n’est pas authentique. De plus, des divergences techniques assez considérables existent entre le Xinyiquan, encore pratiqué de nos jours au Shanxi et au Henan, et le Xingyiquan, transmis depuis Li Luoneng.





Deux attitudes caractéristiques du liuhe xinyiquan





Il est aujourd’hui admis que l’art martial chinois soit composé de deux grandes familles : La famille des boxes internes ou boxes souples et la famille des boxes externes ou boxes dures. La première se réclame du courant taoïste, alors que la seconde appartient au courant bouddhiste.
Le Xingyiquan fait partie de la famille des boxes internes, il en est de même pour le Taijiquan et le Baguazhang.
Les boxes du courant externes seraient rattachées historiquement au monastère de Shaolin, alors que les boxes du courant internes auraient un lien avec celui de Wudang. Les grandes caractéristiques des styles dit internes sont une utilisation du Qi, alors que les styles externes usent de la force musculaire.

Or, de nombreux chercheurs ont démontré, ces dernières décennies, que cette théorie était infondée. Le Taijiquan n’aurait aucun lien avec Zhang Sanfeng, haut personnage du Taoïsme, à qui l’origine de cette boxe est souvent attribué. La première citation de Zhang Sanfeng comme pratiquant de boxe vient de « l’épitaphe à Wang Zhengnan », composé par Huang Zongxi (1610 – 1695). C’est également cet épitaphe qui mentionne un art de Wudang, par opposition à l’art de Shaolin. Mais, il faut voir dans cette description un symbole de résistance au pouvoir de l’envahisseur mandchoue (Dynastie des Qing), plutôt qu’un véritable fait historique.

C’est d’une confusion que serait née l’idée reçue réunissant aujourd’hui les boxes Xingyi, Taiji et Bagua sous l’appellation de « Boxes de la famille interne » :

La « méthode de boxe de l’école interne », texte figurant parmi les grands classiques de l’art martial, fut l’œuvre de Huang Baijia, disciple de Wang Zhengnan. Cette boxe, également appelée boxe de Wudang, aurait, selon « l’épitaphe à Wang Zhengnan », un lien direct avec Zhang Sanfeng.
Or, en 1894, les maîtres Cheng Tinghua du Baguazhang, Liu Dekuan du Taijiquan, Li Cunyi et Liu Weixiang, du Xingyiquan créèrent une association afin d’enseigner leur écoles communément sous le nom de « boxes de la famille interne ».
Un amalgame aurait donc été fait entre la boxe de la famille interne de Huang Baijia et les écoles de boxe Taiji, Bagua et Xingyi.

Selon la « Préface à la boxe des six harmonies », le Xingyiquan aurait vu le jour avec le général Yue Fei sous la dynastie des Song du sud (1127 - 1279). Celui-ci aurait créé cette technique de boxe sur la base de ses connaissance dans le maniement de la lance :

« Lorsqu’il était enfant, Yue Fei suivit l’enseignement d’un maître aux vastes connaissances et devint ainsi très habile dans le maniement de la lance. Il créa alors une méthode de boxe qu’il enseigna à ses officiers et qu’il appela la boxe de l’intention. L’art était merveilleux, surpassant tous ceux qui avaient existé auparavant. Après la mort du roi (Yue Fei), sous les Jin, les Yuan et les Ming, l’art fut rarement vue. Maître Ji, appelé Ji Jike, également connu sous le nom de Longfeng, qui vécu pendant la fin de la dynastie Ming et le début des Qing à Zhunfeng de la région de Pudong, se rendit dans les montagnes Zhongnan afin de rencontrer des maîtres aux grandes connaissances. Là, il reçut le manuel du roi Yue (Yue Fei). »

Selon un autre texte historique, la « Chronique du clan Ji », Ji Longfeng maniait la lance avec un tel niveau, qu’il était surnommé « la lance divine ». Il créa alors une boxe, en utilisant les principes de la lance, et l’enseigna dans la province du Henan.





Démonstration du maniement de différentes armes, dont la lance xingyi (wuxingqiang) par les élèves de Zhou jingxuan à Tianjin




Ces deux textes mettent en évidence le lien entre la boxe Xingyi et le maniement de la lance mais l’un décrit Yue Fei comme son fondateur, alors que l’autre cite Ji Longfeng comme le créateur de cette école.

De nombreux maîtres citent Damo, le patriarche du bouddhisme Chan, comme le véritable fondateur du Xingyiquan :

Le maître Wang Xiangzhai fonda, en 1940, la boxe du grand accomplissement sur les bases du Xingyiquan, qu’il étudia sous la direction de Guo Yunshen, et du Xinyiquan, qu’il étudia sous la direction de Xie Tiefu. Dans la préface de son premier ouvrage « Les véritables principes du Yiquan » , il retrace les origines de sa boxe :

« Damo (Bodhidharma) est venu à l’est, puis il a commencé à prendre des disciples et à leur enseigner comment exercer leur corps ainsi que l’observation de la nature et des animaux. Il mit finalement au point la méthode de « purifier la moelle et transformer les muscles en tendons »(xisuiyijinfa), qui fut à l’origine du Xinyiquan (心意拳), également appelé Yiquan (意拳). »

Le grand théoricien des arts martiaux Sun Lutang, dans son ouvrage « L’étude du Xingyiquan », cite également Damo comme patriarche du Xingyiquan :

« J’ai appris par mon maître que la boxe Xingyi avait été inventé par le vieux sage Damo et qu’elle était, alors, appelée Neijing. Elle fut, ensuite, développée par Yue Wu Mu (Yue Fei) pendant la dynastie des Song. »



Sun lutang dans la posture santishi du xingyiquan




Dans son ouvrage « Explication détaillée sur la boxe de la forme et de l’esprit / Les origines du Xingyiquan », paru en 1928, Ling Shanqing dit :

« A l’époque des 6 royaumes, le prêtre indien Damo est venu dispenser son enseignement de l’art martial indien (de l’ouest) sur le sol chinois »… « De nos jours, les pratiques connues sous les noms de « Boxe de Damo », « Epée de Damo », » … « sont dispensées un peu partout. Le Xingyiquan est l’une de ces pratiques »… « A partir des Song du nord, les pratiques de Wudang instaurées par Zhang Sanfeng développèrent l’art de Damo pendant plusieurs milliers d’années. En s’appuyant sur les pratiques de Shaolin, l’accent fut mis sur l’entraînement du Qi. Ce type de pratique fut nommé « école interne » par opposition à Shaolin appelé « école externe ». Et le Xingyiquan fut désormais classé dans la famille des boxes internes. »

Cette version donne une réponse à un double problème : Damo a-t-il quelque chose a voir avec le Xingyiquan ? Si oui, comment le Xingyiquan peut-il se retrouver classé dans la famille des boxes internes, rattachée au courant Wudang et à Zhang Sanfeng ?

La paternité du Xinyiquan attribuée à Damo nous semble assez improbable. Tang Hao, dans son « Etude et recherches sur Shaolin et Wudang » démontra que Damo n’a eu aucun lien avec l’art martial. Le fait que ce personnage soit historiquement rattaché à la fondation du monastère de la petite forêt met en évidence une volonté de la part de certains maître de faire remonter leur art à une source légendaire et bien connue de tous. Le seul écrit relatif aux pratiques anciennes du monastère de Shaolin sont « Le classique de transformation des tendons et de purification de la moelle », datant de l’époque nanbeichao (420-581). Cette technique de manipulation de l’énergie (Daoyin), encore pratiquée de nos jours sous différentes formes, n’a rien d’une pratique martiale. Il est toutefois possible qu’elle ait influencé certains maîtres dans leur pratique de la boxe, d’où une volonté de se rattacher spirituellement au monastère et à son fondateur légendaire.




Bodhidharma, patriarche du bouddhisme en Chine



(A suivre...)

dimanche 13 avril 2008

Témoignage sur Yao zongxun

Ce texte est issu d'un article écrit par Cui fushan, disciple de Bu enfu et de Yao zongxun. Monsieur Cui, qui habite dans le quartier de Chaoyang à Pékin, a eu le privilège d'étudier sous la direction de deux grands disciples de Wang xiangzhai.
En plus d'un grand gongfu, Cui fushan est un homme d'une grande gentillesse et d'une extrême simplicité. J'en profite donc pour le remercier des précieux conseils qu'il m'a donné ainsi que de l'égard avec lequel il m'a traité lors de chacune de nos rencontres.



Au début des années 80, grace à une introduction de Bu enfu (Maître renommé de lutte chinoise, ancien champion de lutte et de boxe et disciple de Wang xiangzhai), j'eu le privilège d'étudier avec Yao zongxun. Yao avait plus de 60 ans à cette époque. C'était un personnage qui s'habillait simplement, qui marchait et se tenait très droit, qui parlait calmement et qui était très éduqué. Ses yeux étaient comme deux épées affutées. Il avait de grandes connaissances mais était, à la fois, très ouvert d'esprit et affable avec tout le monde. J'ai expérimenté sa gentillesse mais également son coté strict. En ce qui concerne son habilité dans l'utilisation du corps, il était sans égal...


Bu enfu, enseignant à deux de ses élèves.




C'était au début de l'année 1982, je venais juste de terminer mon entrainement au zhanzhuang. Bu enfu et Ao shipeng (un autre disciple de Wang xiangzhai) étaient tous deux présent, lorsque je m'exclamais : "Je ne fais que m'entrainer encore et encore au zhanzhuang, peut être pourrais-je essayer de pratiquer tuishou ? " Yao zongxun, qui venait de donner quelques instructions à des élèves, s'approcha de nous. Bu enfu lui dit alors :" Zongxun, montre un peu le tuishou à Fushan, laisse le sentir un peu de quoi il s'agit." Yao accepta. Il avait plus de 60 ans, il était grand, mince et ne parraissait pas costaud. Moi, j'étais dans ma vingtaine, je faisais de la musculation, j'avais pratiqué le baguazhang, le taijiquan et d'autres formes de wushu. J'avais remporté le tournois de tuishou du district de Chaoyang, reçu des médails aux championnats de wushu technique de Chaoyang et de Pékin et, en plus de tout cela, j'avais étudié avec Bu enfu et possédais un bon niveau de lutte chinoise. Je pensais que Yao zongxun avait été un grand combattant dans sa jeunesse mais qu'il n'avait pas pu garder toutes ses capacités à son âge...





video

Cui fushan exécute quelques fali




Lorsque nos bras entrèrent en contact, j'eu l'impression qu'il était assez faible. J'ai pensé que si j'utilisais toute ma puissance, le vieil homme ne pourrais rien faire contre moi et j'ai même eu le sentiment que je pourrais le blesser. Mais, avant même que nous eumes commencé quoi que ce soit, Yao, sentant mon hésitation, me dit : "Utilise toute ta puissance, n'hésite pas ! " J'ai alors poussé Yao avec toutes mes capacités mais mes bras ne rencontrèrent rien d'autre que le vide. J'enchainais immédiatement avec une autre série de poussées mais aucune d'entre elles ne trouva de résistance. De plus, je ne pouvais pas contrôler mon corps, me sentant tel un cerf volant après que sa corde ait cassé. J'essayais à nouveau, notant qu'il y avait un arbre derrière le vieil homme. J'ai alors pensé que si je le poussais soudainement et puissamment, Yao ne pourrait s'échapper et heurterait l'arbre. J'ai poussé et, avant même que j'ai pu comprendre quoi que ce soit, mon corps se retrouva tiré violemment vers l'avant au moment même ou Yao esquivait sur le coté, ce qui eut pour effet de m'envoyer contre l'arbre. Dans la panique j'ai fermé mes yeux, m'attendant à me prendre l'arbre en pleine face, et c'est alors que j'ai senti une autre force qui changeait la direction dans laquelle je me dirigeais. J'ai rouvert les yeux et réalisé que j'évitait l'arbre de justesse, ne l'éffleurant qu'avec mes vêtements. J'étais en sueur et je me sentais glacé. J'ai seulement pu dire : "J'ai vraiment eu peur." Yao répondit : "calme toi, ce n'était rien du tout."





Yao zongxun, extrêmement naturel dans son attitude




Je fus alors impressioné, tant par son niveau que par sa morale (Wude : morale issue de l'expérience guerrière). Je lui ai alors dit : "C'est incroyable, je n'aurais jamais attendu ça d'un homme de votre age. Vos mouvements sont tellement libres, naturels et tellement coordonnés que l'on dirait que vous dansez. Vous possédez le plus haut niveau de neutralisation que j'ai jamais ressenti. Maintenant, je peux dire que je sais ce qu'est véritablement le Tuishou." Et puis, j'ai ajouté : "Lorsque je faisais des compétitions de Tuishou, auparavant, j'ai noté qu'il m'était difficile de faire quoi que ce soit lorsque mon opposant m'agripait la nuque." Yao m'a, alors, dit : "Et bien, saisis moi donc ainsi ! "
Lorsque je l'ai saisi, Yao me frappa simplement le bras. Mais cette frappe me déracina et je fis littéralement un demi-tour avant de retomber sur mes pieds." Je lui ai alors demandé : "D'où vient votre puissance ? "
Yao m'a répondu en souriant : " Je ne suis, bien évidemment, pas aussi fort que vous, les jeunes, alors j'utilise simplement tout mon corps de manière coordonnée et puis j'emprunte ta force également." Je lui ai dit : "Je ne comprends pas comment vous faites pour emprunter ma force." Il me demanda alors : "N'as tu jamais fait rebondir une balle ? " Je répondais que si et il me demanda alors quels étaient les 3 caractéristiques d'une force. J'ai répondu : "Quantité, direction et point d'impact." Et Yao ajouta simplement : "Pour étudier l'art martial, il faut beaucoup réfléchir." Je n'oublierai jamais ces mots, j'en ai tiré jusqu'à aujourd'hui de grands profits.



Cui fushan et deux de ses élèves devant la tombe de Yao zongxun


dimanche 6 avril 2008

Zaichui, une technique spécifique au Yiquan ?

Les mouvements techniques pratiqué en Yiquan relativement peu nombreux. Ils sont inscrit dans un ensemble de principes biomécaniques et psychomorphologiques, dont l'apprentissage se fait par les exercices de base (jibengong) que sont Zhanzhuang, shili, mocabu, fali...(les sept portes)

La plupart de ces "techniques martiales" proviennent d'écoles bien connues comme le xingyiquan, le xinyiliuhequan, le baguazhang et le taijiquan.

Parmis ces techniques, zaichui ou zaiquan, qui signifie coup de poing ou "martèlement" vers le bas : le caractère zai fait référence au mouvement de planter quelque chose et chui signifie frapper avec un marteau.




Le "martèlement vers le bas" du yiquan : zaichui




Cette technique, comparable au crochet de la boxe anglaise, possède tout de même ses propres caractéristiques : Une direction et un point d'application précis de la force lui confère son "efficacité optimum".
D'autres caractéristiques le différencie du crochet, notamment l'utilisation des deux mains simultanément : une main pare et "accroche" l'adversaire, l'autre le frappe dans son déséquilibre.





Sur cette première action, de thyson sur botha, un crochet en tous points semblable à zaichui



zaichui est une technique caractéristique du Yiquan. Elle se rapproche d'une des trois anciennes paumes du baguazhang (laosanzhang), la "paume qui frappe en s'effondrant" (tazhang).





zaichui en reculant




Tazhang étant quasiement la même technique si ce n'est que la frappe se fait avec la paume et non avec le poing.





Tazhang en reculant




Dans l'action de parer en tirant l'adversaire à soi, le déplacement prend une importance toute particulière. On retrouve cette forme de contrôle sur le côté en tirant et déviant lors de la pratique de l'exercice du tuishou à deux mains du yiquan. Le pas, qu'il se fasse en avançant ou en reculant, s'effectue à 45 degrés en dehors de la ligne adverse pendant qu'un bras dévie et tire à l'extérieur, ce qui permet de libérer l'autre main, laquelle s'abat alors sur le sternum de l'adversaire, dans un angle de 45 degrés dirigé vers le bas. Cette direction correspond au "point faible" adverse : étant tiré vers l'avant, il aura pour réflexe naturel de résister à cette traction et "videra" sa force d'appui arrière.

Comme sur la vidéo précédente, il sera touché en plein déséquilibre, décuplant l'impacte...



Yao zongxun, travail du zaichui



Cette technique se travaille sous la forme d'un shili circulaire extérieur. La main qui ramène à soi peut utiliser la force de tirer ou bien celle de pousser mais doit impérativement venir protéger le centre. Le zhanzhuang permettant de travailler ces forces étant plutôt celui de "tenir des ballons, paumes vers le bas".