dimanche 27 juillet 2008

Interview du maître Li jianyu

Ceci est la transcription d'une partie de l'interview réalisée par le magasine ARTS ET COMBATS en 1995, lors de la première venue du maître Li jianyu en France. Les propos du maître avaient été recueillis par François Song.


Maître Li jianyu, puvez vous nous parler de vos début dans le wushu ?

Je suis né en 1924. Très intéressé par la pratique des wushu, j'ai commencé dès l'age de six ans à fréquenter une école d'arts martiaux à Daxing, dans la banlieue de Pékin. Le nom de mon premier maître était Tang fengting et il pratiquait le Xingyiquan.


A quelle occasion rencontrez-vous le maître-fondateur, le fameux Wang xiangzhai ?

Lorsque j'avais 18 ans, j'ai rencontré un maître d'arts martiaux nommé Hong lianshun dans un parc. Il avait environ 50 ans et avait été le premier professeur de Yao zongxun. Il était très impressionant car il cassait des pierres avec ses mains grâce à son énergie interne et il avait beaucoup de gongfu. Il me dit que son art n'était rien à coté de celui du maître Wang xiangzhai. Celui-ci l'avait battu lors d'un défi et il trouvait maintenant son art bien superficiel. Il conseillait à tous ses élèves d'étudier auprès de maître Wang xiangzhai et décida également de m'introduire auprès de ce maître. C'était en 1943. Celui-ci fut très heureux de me prendre comme élève. j'étais petit, très motivé et très sincère. Il appréciait aussi de rencontrer une personne de religion musulmane. J'étais en effet le seul élève dans ce cas. A cette époque maître Wang était agé d'environ 58 ans.





Li jianyu en compagnie de son maître Wang xiangzhai, le fondateur du yiquan




Quelle impression vous fit -il ?

Il était très calme, très élégant. En le voyant comme cela, il était bien difficile de s'imaginer que c'était un pratiquant de boxe chinoise. Mais tout changeait lorsqu'il prenait une posture où se mettait en position de combat. Il devenait très rapidement impressionnant et le restait pendant un très court moment. C'était suffisant pour terminer le combat. J'étais souvent invité chez lui. Il parlait de philosophie et des problèmes important de la vie. De temps en temps, je passais la nuit chez mon maître. Il ne s'agissait pas seulement d'entraînement physique quotidien. Il voulait que je possède une vision correcte du monde en voyant les choses sous des angles différents. Le théories philosophique étaient abordées. Le problème n'était pas seulement d'être fort physiquement. Il parlait de force physique et de force. Parfois il faut stocker cette force, parfois cette force doit devenir explosive. Dans son enseignement, le principe, c'était d'être souple, habile, léger à l'extérieur, tandis qu'à l'intérieur on était puissant et rapide.


Le maître Wang xiangzhai était devenu, de son vivant, un homme de légende. Avez-vous assisté à l'une de ces prouesses qui ont fait sa réputation ?

Un boxeur célèbre provoquait sans cesse maître Wang xiangzhai. Finalement, ce dernier accepta le défi et demanda à son adversaire de choisir le type de combat, à mains nues ou avec arme. Celui-ci, très excité, commença à vitupérer et insulter le maître tout en se mettant à la recherche d'une arme. Le maître Wang restait parfaitement impassible, se grattant l'oreille, insensible aux menace de son adversaire. Devant une telle attitude, il lui dit finalement : "Je ne peux gardre mon calme comme vous. Je me sens déjà perdant, je renonce au combat."




Le maître Li jianyu, shili en déplacement.





Sur quoi reposait exactement l'enseignement du maître wang xiangzhai ?

Il était essentiellement basé sur 3 exercices :
- Le zhanzhuang, postures de base pour la préparation physique et l'intention.
- Le shili, mouvement pour tester la force.
- La marche, principes de déplacement.
Le premier exercice était le seul qui était pratiqué pendant au moins trois années. Ensuite, on ajoutait les deux autres qui pouvaient être pratiqué avec différents états de conscience, car sans éveil, il n'est pas possible de pratiquer le yiquan. Il faut de la patience et de la volonté.
Puis, il faisait travailler le son, le fali, le tuishou à un bras
puis à deux et enfin le combat. C'est un schéma d'entraînement qui doit absoluement être respecté. De toutes façons, on ne peut pas sauter ce processus, les "petites choses" sont importantes.





Extrait d'une vidéo de li jianyu produite aux Etats-unis.






Mon maître insistait beaucoup sur les détails : Comment tenir une brosse pour la calligraphie, comment positionner les doigts, la main dans le zhanzhuang...
La boxe, sous des apparences sauvages, s'appuie paradoxalement sur des théories très raffinées qui ont des milliers d'annés d'expérience. Plus vous avancez, plus vous prenez conscience de l'infini. Ce paradoxe espace - temps est concrétisé en yiquan par un aspect extérieur d'apparente immobilité et de douceur assuré par une grande vitesse d'explosion intérieure. Maître et élèves regardent ensemble dans la même direction. En cela, leur relation diffère de celle du professeur à ses étudiants. Ils cherchent le chemin qu'ils vont construire ensemble. La parfaite compréhension des relations entre les trois fonctions que sont conception, intention et action est indispensable pour pratiquer efficacement le yiquan.


A suivre...